Quel est le message de Sainte Jeanne d’Arc aujourd’hui ?

Maître Jacques Trémolet de Villers de Villers a sorti un excellent livre : « Jeanne D’arc le Procès de Rouen » aux éditions les Belles Lettres.

Depuis un demi-millénaire, elle tient une place prépondérante. En ce 15ième siècle, elle a été la genèse d’un premier sentiment d’appartenance au Royaume de France. Autour de la Monarchie Capétienne, la France va commencer à prendre conscience d’elle-même.

Son pire ennemi était l’université de Paris attaché au camp anglais et bourguignon, bien plus que les juges ecclésiastiques. L’université de Paris à l’époque était la grande puissance intellectuelle et spirituelle qui dominait la chrétienté avec un climat d’orgueil sans limite, elle a fait signer le traité de Troyes en 1420 destituant Charles VII au profit du royaume de France et d’Angleterre avec Henri V, ce qui signait la liquidation du royaume de France.

A 17 ans et en 18 mois, elle a mis par terre toute leur construction et ébranlé leurs pouvoirs, donc ils veulent l’anéantir. Elle a très bien compris le sens du procès car elle dit « tout le clergé de Rouen et de Paris ne saurait me condamner sans droit », elle sait très bien qui mène le procès. C’est un procès politique, c’est le premier procès totalitaire. Elle était devenue le sujet de discussion  en l’Europe, les rois et les princes correspondaient à son sujet, elle était très populaire. Les écrits disponibles de son procès à Rouen ainsi que de son procès de réhabilitation auquel ont participé des personnes l’ayant connu de son vivant font de Jeanne une personne quasiment contemporaine.

Maître Trémolet de Villers, grand avocat d’assise, a eu la finesse de relire le procès de Jeanne d’Arc avec un regard professionnel d’avocat. La fraicheur des réponses de Jeanne est du jamais vu dit-il. C’est Jeanne qui donne le rythme du procès. Le but est de d’accuser Jeanne d’hérésie pour atteindre la légitimée du sacre de  Charles VII.  Jeanne d’Arc est le modèle de résistance. A l’époque, c’est le grand schisme pour la papauté (trois papes).

Ce qui l’a frappé c’est l’habileté au sens noble du terme, la performance physique et intellectuelle étonnante de cette jeune fille seule face à ses 45 juges.

Cette jeune fille ignare, candide, va mener ce procès, elle leur échappe et les réduit parfois au silence : face à la question très piégée « êtes-vous en état de grâce », elle répond : « si j’y suis Dieu m’y garde, si je n’y suis Dieu m’y mette ! ». Elle se moquait parfois d’eux avec humour. Les juges essayaient de la coincer par le biais théologique, ces grands théologiens se disaient qu’ils arriveraient bien à trouver une faille. Elle arrive toujours à éviter les pièges par des réponses subtiles et intelligentes. Elle n’a pas de haine envers les anglais, elle veut simplement renvoyer le pouvoir anglais  et les anglais en Angleterre : « J’aime les anglais chez eux comme Dieu aime les anglais chez eux ». Dans sa vie militaire, elle écrivait toujours à ses ennemis pour leur demander de partir car sinon « je vais être obligé de vous chasser ».

Les voix lui parlent depuis l’âge de 13 ans, elle est très naturelle et humaine dans le surnaturel. Elle garde tout son tempérament, elle est même courroucée devant ses voix par son impatience. Elle a dû assumer toutes ses charges et toutes ses contraintes. Son rôle militaire est secondaire par rapport à son rôle politique, bien sûr elle est inspirée car ses anges Saint Michel et Saint Gabriel ainsi que  Saintes Catherine et Marguerite la guident. Toutefois, elle a beaucoup d’interrogations sans réponses comme toutes personnes. Elle devient un chef politique et militaire. Devant ses juges, elle a tenu son rôle en prenant l’initiative, ce que les chefs militaires aguerris ne savent faire dès qu’ils se trouvent devant une cour d’assise, nous signale Jacques Trémolet de Villers.

Elle est la médiatrice entre le Ciel et le Roi : «  tu tiens ton Royaume de Dieu » dit-elle au roi, il faut que çà soit concrétisé par le sacre à Reims, sacre très important pour elle. On pourrait penser qu’elle fait une erreur en n’exploitant pas sa grande victoire militaire de Patay, il faut que Charles VII ait tous les attributs de l’autorité et de la légitimité. Ce qui permettra à Charles VII, six ans après la mort de Jeanne, de conclure la paix d’Arras avec le duc de Bourgogne ; les Anglais sont dès lors inexorablement repoussés.

Lors de son exécution sur le bucher, on a demandé d’éteindre le feu pour montrer qu’elle était bien morte étouffée à tout le monde avant de rallumer le feu, tant le surnaturel enveloppait son épopée. Son cœur n’a jamais brulé même en mettant de l’huile dessus, ils ont été obligés de le jeter dans la Seine sur un pont de Rouen.

Ce livre montre donc la performance absolue de Jeanne d’Arc, seule face à quelques fois plus de cinquante juges et assesseurs avec des questions qui fusent en tout sens et qui ont pour objet de la déstabiliser, de la faire douter, et au final de renoncer à sa mission qui serait diabolique.

Dieu par Jeanne d’Arc a donné la légitimité au roi de France alors qu’en même temps Dieu n’est pas intervenu directement par rapport à la question des trois papes. La vie de Jeanne ne serait elle pas un nouvel épître, « Epître aux français » ? Il ne s’agit pas de l’utiliser ou de l’instrumentaliser à ses propres fins mais de s’en inspirer et de demander par la prière son intercession pour notre pays.