Ce que dit vraiment l’histoire de l’islam – partie 2

Vous pouvez vraiment prendre le temps de lire cette seconde partie de l’émission de l’abbé de Tanoüarn sur radio courtoisie. Vous y découvrirez les fondements de la foi musulmane et la logique de sa pensée, nous nous interrogerons aussi sur la foi des chrétiens et sur les débuts de possibilité de dialogue des chrétiens avec les musulmans. Je vous souhaite une bonne lecture et un bon voyage dans le temps.
(Guillaume de Tanoüarn recevait Olaf, écrivain et Leïla Qadr, chercheur)

G : Chers amis bonjour pour cette seconde mi-temps de notre émission au long cours sur les origines de l’islam. Nous avons dans le studio deux personnes qui on peut dire consacrer leur vie à ce travail, je pense Olaf que vous avez investi un temps considérable à ces travaux et que vraiment il y a vraiment de votre part un effort et une liberté qu’il faut saluer. Nous allons parler davantage dans cette seconde partie avec Leila Qadr parce que nous abordons la question sur laquelle elle a travaillé, la question des sources du coran. Comme je vous le disais en commençant pour un musulman est incréé donc il n’a pas de source (Nota perso : la notion du coran incréé date du 10ième siècle environ, le coran est pour le musulman tout au moins la parole ou la révélation directe de Dieu, cf article sur ce site). En réalité quand on décortique chaque verset de chaque sourate, on découvre et je crois que vous faites cela sourate par sourate et verset par verset dans votre thèse.

L : En fait c’est un livre qui va m’aider à faire ma thèse, ma thèse va porter sur l’alliance dans le coran. Mais j’avais écrit un livre « les trois visages du coran » qui va m’aider à comprendre d’où viennent les sources coraniques.

G : Vous vérifiez votre théorie par induction.

L : Oui et par d’autres analyses qui sont plutôt des analyses codicologiques (étude des anciens manuscrits reliés en codex) et philologiques.

G : Alors on découvre que le coran n’est pas une parole si nouvelle que cela, on retrouve des échos de textes religieux, juifs et chrétiens, d’apocryphes, de sources même un peu folklorique de sources grecs. Est-ce que vous pourriez nous donner quelques exemples, des exemples plus factuels que les versets du coran sont des reprises de sources antérieures.

L : oui, je me base beaucoup sur les travaux de Guillaume Dye qui est un philologue et professeur à Bruxelles. Il parle beaucoup de la sourate 19 en disant que c’était une reprise, une réécriture d’un texte apocryphe du proto-évangile de Jacques, d’autres chercheurs parlent plutôt du pseudo-Mathieu, donc ce sont des épisodes qui vont parler de la nativité de Jésus avec une nativité qui n’est pas celle que l’on connaît nous avec nos regards.

G : Evidemment, les musulmans nous disent c’est nous qui avons la vérité sur Jésus et donc c’est bien comme ça que ça s’est passé et pas comme vous le croyez.

L : Voilà, tout à fait, mais la tradition musulmane est subordonnée à des apocryphes qui étaient antérieurs. C’est cela qu’il faut signaler, c’est que ces apocryphes chrétiens étaient antérieurs à la tradition et aux écrits musulmans (Note perso, les évangiles datent du premier siècle et les apocryphes des siècles suivants), et notamment, on a l’épisode qu’on appelle l’épisode du palmier dans le coran, la sourate 19, Marie va accoucher de Jésus seule loin de sa famille, en Orient, et elle va accoucher au pied d’un palmier, et donc elle va maudire. Je parle de la version coranique, le dieu va lui dire réjouis toi parce qu’il y a des dattes qui vont tomber, ensuite, elle va trouver un petit ruisseau et donc elle qui se plaint et se lamente de son sort par rapport à cet enfant qui est un problème.

G : qu’elle doit l’assumer seule

L : Oui, Là il y a une disparition totale par rapport à Joseph, et donc elle a des dattes et de l‘eau pour se rassurer. Cette épisode fait écho à des épisodes qui existent dans les traditions et la littérature chrétienne antérieure et notamment le proto-évangile de Jacques, où là l’épisode c’est Marie qui est accompagnée de Joseph et de Jésus au retour d’Egypte qui va se faire envie dans une oasis de dattes. Joseph la réprimande en lui disant que ce n’est le moment, il a assez de soucis.

G : Donc ce sont quand-même deux textes assez différents, assez mélangés, il y a un mélange de thèmes. Marie et les dattes, cela existe dans la littérature antérieure mais pas au moment de la naissance.

L : Le passage des dattes existe dans des traditions antérieures mais pas sous la même forme. Souvent le coran compose plusieurs sources, c’est ce que l’on a remarqué, il peut composer avec des sources juives avec des sources chrétiennes et entrelacer les deux pour pas qu’on puisse démêler les sources.

G : ce qui est normal si les instituteurs de Mohammed sont ces judéo-nazaréens

L : C’est pour cela que l’hypothèse du père Gallez est très plausible parce qu’elle permet d’expliquer beaucoup de faits que l’on peut constater.

O : juste une petite remarque en passant, on parle de textes chrétiens, les apocryphes ne sont pas des textes chrétiens, attendons-nous ! on est bien d’accord mon père ?

G : oui, c’est de la littérature chrétienne malgré tout.

O : c’est de la littérature para-chrétienne. S’ils n’ont pas été canonisés c’est bien que derrière ils ne sont pas chrétiens.

G : oui, ils ne sont pas chrétiens parce qu’ils ne racontent pas la véritable origine du Christ.

O : ou ils font état de doctrines qui ne sont pas chrétiennes

L : ou de traditions

G : il y a beaucoup de textes gnostiques dans cette littérature.

O : Gnostique ou autres, on parle de judéo-nazaréens, on voit que le proto-évangile de Jacques est beaucoup repris, il est aussi repris par beaucoup de chrétiens, les traditions sur les mages, sur les parents de Marie.

L : Sur Marie qui a vécu au temple, çà c’est passé dans des traditions chrétiennes.

O : çà n’en fait pas pour autant un texte chrétien qu’on lirait comme les textes chrétiens.

G : tout à fait, ce n’est pas un texte d’évangile.

 L : Oui mais l’enfance de Marie est dans les traditions chrétiennes des livres d’église et donc elle est aussi dans les traditions musulmanes, mais c’est sûr que ce n’est pas dans les évangiles, ni dans les textes canonisés.

O : il faudrait que l’on discute de ce que sont les évangiles mais il faudrait une autre émission. Vous l’avez déjà faite mon père en invitant le père Guigain ( http://www.eecho.fr/tag/frederic-guigain/ ).

L : Donc on va dire des textes judéo-chrétien, c’est Jésus qui va faire le miracle du palmier, il va donner l’ordre au palmier de se courber pour nourrir et satisfaire sa maman

G : c’est très joli tout ça

L : il va redonner l’ordre après de remonter. Et donc cette tradition du palmier était présente dans la fameuse église en Palestine, Kathisma, qui était une église qui célébrait une fête de Marie le 13 Août. A l’intérieur, il y avait des mosaïques qui montraient cet épisode du palmier.

G : Elles sont toujours là les mosaïques ?

L : Il y a des photos

O : Elle a été retrouvée dans les années 90, on a retrouvé les fondations en faisant des fouilles pour un parking, elle est près de Jérusalem, et elle présente exactement le même plan en triple octogone centré sur un rocher que le dôme du rocher.

G : C’est le dôme du rocher qui lui a repris ce plan.

O : Le dôme du rocher qui est censé célébrer l’impérium, la magnificence d’Abd Malik sur les arabes, sur les chrétiens, les juifs et le monde entier, en disant, c’est moi le vainqueur de l’histoire, en fait c’est la copie d’une église qui existait déjà qui devait être vénérée également par les musulmans avec ces mosaïques qu’on a retrouvées par ailleurs et qui a été transformée en mosquée, et qui a été détruite dans l’époque à peu près (L : 9ième siècle je pense)  où on a transformé le dôme du rocher en signe de témoignage purement musulman de la venue de Mahomet. A ce moment-là, ce n’était plus possible d’avoir dans la même ville deux églises semblables, deux bâtiments semblables.

L : Et le plan était exactement semblable, c’est-à-dire qu’il y avait un rocher, il y avait un déambulatoire, et donc la forme octogonale, tout est repris.

G : Et donc on a retrouvé, on a fait des fouilles, on a retrouvé ce Kathisma, cette église qui a donné son plan.

L : Elle était dédiée à Marie le 13 Août. Et Guillaume Dye montre aussi qu’il y a une correspondance encore plus intense dans le fait que cette église était dédiée au fait que Marie était Arche d’alliance. On disait dans des lectionnaires de cette époque sœur d’Aaron. Donc l’expression sœur d’Aaron, on la retrouve dans le coran. Donc il y a un transfert pour lui qui est fulgurant et qui est presque une preuve.

G : Sœur d’Aaron et de Moïse.

L : Oui bien sûr, et donc là, on a le lien par rapport au rocher, donc on voit aussi le lien avec le rocher et le lien avec Marie, parce dans l’Eglise du Kathisma, il y avait un rocher et dans le dôme du rocher il y a un rocher.

O : Oui, il y a des traditions juives très anciennes qui accompagnaient les textes de l’exode qui nous parlent de Mariam, sœur de Moïse et d’Aaron, la lient elle-même à un rocher qui suivait le peuple pendant l’exode, un rocher dans lequel il y avait un puit ou une source dans lequel s’abreuvait le peuple.

L : c’est pour cela que le texte coranique où il signifie que Marie trouve une source serait beaucoup plus logique puisqu’il relierait à toutes ces traditions judéo-chrétiennes et à ce site judéo-chrétien qui a été repris par le proto-islam (Note perso : Le rocher est lié au ruisseau cité dans le coran)

G : ça c’est tout-à-fait intéressant. Donc les récits coraniques concernant Marie et la naissance de Jésus sont antérieurs au coran. Il reste une chose quand-même, je voudrais dire cela aux auditeurs de radio-courtoisie, Marie est citée 16 fois dans le nouveau testament, (L : 40 fois dans le coran), et il est cité deux fois plus dans le coran, ce qui est étonnant. Et autant dans le talmud, Marie est considérée comme une prostituée parce que le Christ n’a pas de père donc c’est louche, donc elle a eu son enfant, son enfant n’est pas de chez nous en gros. On le voit encore dans le chapitre huit de Saint Jean, les juifs disant à Jésus, nous, nous ne sommes pas issus de la prostitution.

L : Oui il y avait une calomnie de Marie, le coran prend la défense de Marie plusieurs fois.

G : on sent que cette calomnie de Marie est très tôt et donc que la virginité de Marie est un fait mal interprété mais qui est avéré dès le départ.

L : qui est avéré. Et puis même elle tisse le voile, dans le coran ils disent qu’elle fait le hijeb, en fait il y a aussi des philologues qui montrent que ce hijeb est le voile du sanctuaire, donc elle est forcément vierge, et donc elle est forcément en plus de lignée davidique parce que le fait de tisser le voile du sanctuaire, ça veut dire qu’elle était vierge.

G : pourquoi forcément vierge ?

O : parce qu’elle était consacrée au temple.

L : c’était le voile sur le tabernacle, le coffre du tabernacle.

G : c’est elle qui tisse le voile. Les musulmanes aujourd’hui portent ce voile.

O : vous allez un peu loin.

L : vous allez peut-être un peu loin

O : le coran réfute ces accusations de prostitution prenant ses sources dans des textes très anciens.

L : il y a une violente polémique contre l’accusation contre Marie. Il dit du fait de votre accusation contre Marie et de sa pureté, du fait de vos meurtres des prophètes, vous êtes maudis.

G : ça c’était la sourate 19, vous avez également étudié la sourate 17, ce voyage de Mahomet.

L : Oui, Olaf en a parlé, c’est le voyage qui est pour les musulmans un voyage physique de Mahomet depuis la Mecque jusqu’à Jérusalem sur un cheval ailé. Mais ce qui est intéressant de remarquer, c’est que pour aller au ciel, il ne va pas depuis la Mecque, il va faire un détour de 1200 km vers Jérusalem. Ça c’est étonnant et très significatif.

G : Le salut vient des juifs disait Jésus à la sainte Maritaine à propos justement des saints maritains au chapitre 4 de Saint Jean.

L : Dans la tradition musulmane, Jérusalem s’appelle la sainte, c’est la ville sainte, donc on voit que Jérusalem a gardé malgré tout dans la tradition musulmane cette sainteté donc Mahomet part de la Mecque pour aller à Jérusalem. Mais ce qui se passe dans cette sourate, au début on parle de Moïse, après il y a deux lignes où on parlerait de Mahomet, mais en fait son nom n’est pas indiqué c’est juste mosquée Al Aqsa et mosquée Al Haram donc les deux mosquées, celle de la Mecque et celle de Jérusalem.

G : elle est citée dans le coran alors qu’elle n’existe pas. Donc le coran est bien plus tardif.

O : l’interprétation du coran, du texte est bien plus tardive

L : et puis après ça repart sur Moïse. Donc on part de Moïse, on part de ces deux mosquées et on repart sur Moïse. Sachant que dans les Midrash, dans la littérature rabbinique, il existe un voyage de Moïse céleste pour aller chercher la Torah, Moïse part dans la nuit pour aller chercher la Torah at va se battre avec les anges qui ne veulent pas lui donner la Torah, et lui dit que la Torah est plus indispensable pour les hommes que pour les anges. Ce qui est intéressant, c’est de voir quand on regarde le codex de Sana notamment, on voit que le mot Aqsa n’existe pas avant, c’est-à-dire que le mot Aqsa va être écrit en gros en rature, c’est-à-dire en deuxième strate.

G : il faut que vous expliquiez aux auditeurs de radio courtoisie ce qu’est le codex de Sana.

L : Il a été trouvé en 1972 par hasard.

O :il y a eu un tremblement de terre ou un problème de structure dans une mosquée très ancienne de Sana et il y a eu un effondrement de la voûte intérieure, et les ouvriers ont vu qu’il y avait une espace entre la voûte intérieure et la voûte extérieure rempli de sacs, et dans ces sacs il y avait des vieux manuscrits, des milliers de vieux manuscrits. Les autorités yéménites ont fait appel à un spécialiste mondial, Gerd Puin, un allemand pour venir investiguer. Ils avaient conservé des très vieux parchemins, et donc ce n’est pas qu’un seul codex qu’on a retrouvé là-bas, on a retrouvé des milliers et des milliers de manuscrits que ce savant Gerd Puin a commencé d’investiguer, parmi lesquels on a un codex qu’on nomme codex de Sana’a, mais il y a d’autres manuscrits qui rendent compte d’autres ouvrages. Et c’est toujours en cours d’étude.

G : pour les auditeurs, codex veut dire livre.

L : Mais ce n’est jamais des recueils complets, ce sont toujours des fragments parfois en mauvais état, parfois en bon état mais c’est toujours des petits fragments.

O : on peut préciser aux auditeurs que les premiers exemplaires complets du coran dont on dispose aujourd’hui datent du 9ième siècle, deux cents ans après la fameuse pseudo-édition d’Othman en 650-652, qui selon la tradition musulmane ce calife-là, le troisième, aurait fait établir l’ultime édition définitive.

L : Oui mais qu’on n’a jamais retrouvé, le codex d’Othman n’existe pas dans les faits.

O : Où sont les corans d’Othman aujourd’hui ? Il faut se rendre à l’évidence qu’ils ont été détruits par les musulmans eux-mêmes, puisque la tradition musulmane nous dit que ces corans ont été envoyés dans les villes importantes de l’empire musulman et qui sont restées musulmanes, qui sont restées musulmanes.

L : Donc il y a plusieurs campagnes de destruction des codex et apparemment le codex de Othman a subi lui aussi un incendie puisque c’est un épisode qui revient très souvent dans les épisodes de la destruction des matériaux coraniques.

O : Sur l’histoire du coran, c’est quand-même très complexe. Nous occidentaux, on voudrait voir l’islam comme une religion cohérente, allant de soi. C’est certain qu’il y a une logique interne et qu’elle est même assez implacable. Mais on nous dit par exemple, d’un côté dans ces traditions musulmanes que ce serait le calife Othman qui aurait fixé l’édition définitive du coran, et ces mêmes traditions nous disent d’un autre côté, que c’est en 933 que les vizirs Ibn Uqla et Ibn Issa ont fixé la version définitive du coran. Donc dans l’islam comme il se présente à nous, nous sommes obligés de manier des contradictions, c’est une religion contradictoire, où les traditions sont contradictoires.

G : Pour revenir à Sana’a et aux codex, ce codex est un codex du coran mais qui est différent.

L : Il y a des différences, je parle de Gerd Puin, il n’a pas beaucoup publié là-dessus.

G : mais ça doit être dangereux de dire qu’il existe un coran différent du coran incréé, qu’il y a un coran antérieur.

O : Ce qu’ils ont commencé de montrer c’est que le coran n’était pas le livre incréé comme les musulmans le croient avec des preuves physiques. On a des preuves physiques que le coran a une histoire, avait changé. Et là les autorités yéménites ont commencé à prendre peur et ils ont demandé à Gerd Puin d’arrêter ses recherches. Donc il est parti, il est parti avec des milliers de photos qu’il avait prises des manuscrits. Les manuscrits sont restés là-bas, mais depuis Gerd Puin et sa femme Elisabeth étudient ces manuscrits et les diffusent, et maintenant certaines photos de ces manuscrits ont été versées au gros projet d’étude inter-universitaire corpus coranicum où pour la première fois dans l’histoire on va avoir une édition critique du coran. Une équipe se penche sur les manuscrits anciens du coran, ce dont on dispose, ils disposent de 20 à 30 codex anciens dont certains sont presque complets. Le plus complet c’est le « Veste ein deux » (Note perso : écriture approximative de ma part !) qui contient 85% du texte de 1924, parce que le coran comme on le lit aujourd’hui, son texte a été fixé, je vous disais 933 mais il faut attendre 1924 pour avoir tout le travail éditorial qui a été fait avec le texte qu’on a aujourd’hui. Ce manuscrit de Sana’a a été versé dans ce projet-là. Ils travaillent depuis quelques années maintenant à cette édition critique du coran, certains de ces manuscrits montrent que le texte n’est pas du tout ce que les musulmans croient qu’il est.

L : sur la sourate 17, on voit très très nettement, des fois ce n’est pas très net, mais là c’est toute la page où il y a le mot Aqsa qui est écrit en gros et qui cache quelque chose d’autre qui a été effacé. Donc cela prouve que le mot Aqsa (mosquée Al Aqsa) n’existait pas au 7ième siècle mais est bien une création postérieure. Ce que l’on va voir lorsqu’on analyse ces codex, on voit voir que tous les points de doxa islamique vont être en couche supérieure, la doxa spécifiquement islamique comme l’obéissance, Ismaël au lieu d’Isaac, la descente céleste du coran et les rites musulmans comme le ramadan, enfin tout ce qui va être vraiment des marqueurs typiques islamiques vont souvent être l’objet de ratures et de tâches sur le codex ancien.

G : alors sur le mot ramadan ?

O : je suis un vulgarisateur, mais je connais un petit peu l’arabe, suffisamment pour pouvoir le décrypter à l’écrit. Et je me suis intéressé à ce fameux manuscrit dont parlait Leila, le manuscrit Veste ein deux mille neuf cent treize conservé à Berlin et qui représente à peu près 85% du squelette consonantique du coran actuel. Et dans ce manuscrit, on voit plusieurs couches d’écritures, et j’avais noté dans la thèse du père Gallez une petite note disant c’est intéressant ce mot ramadan, parce que en araméen, ramadine ce sont les cendres. Evidemment, les cendres, ça fait écho à la coutume chrétienne du mois de jeune qui précède Pâques, qu’on appelle mois des cendres ou carême en latin. En araméen, on disait mois des cendres et quand on regarde le coran, il y a une seule occurrence du mot ramadan, donc on peut lui donner le sens que l’on veut puisqu’il n’y a pas de dictionnaire arabe de Mahomet de 632. Le commentateur musulman du 9ième siècle qui est face à ce texte-là, donne le sens qu’il veut au mot de ramadan, mais il y a une autre occurrence qui est celle de ramadine, les cendres. Donc on peut comparer les graphies entre les cendres et ramadan. Dans ce manuscrit là en particulier, on s’aperçoit que le mot de ramadan a fait l’objet d’un grossier palimpseste en fait, une réécriture pour transformer le D qui était celui de ramadine les cendres en un Dh, Da, et qui change la racine tri-consonantique du mot et le fait passer dans un autre champ lexical. D’ailleurs, on le voit et c’est flagrant, pour le malheur des musulmans ou peut-être pour leur libération, les manuscrits qu’étudient le corpus coranicum ont été mis en ligne avec des photos en très haute définition, et donc on peut zoomer dans le texte, voir les couches d’écriture, et on peut regarder un recto et un verso. Donc sur le folio en question où il est écrit ramadane, le mois de ramadan, si on regarde bien le recto, on s’aperçoit recto et verso si on les met face à face, il y a une tâche qui a transpercée, on se rend compte que le scribe a lavé et gratté, gratté la lettre qui le gênait au point que cela a traversé le folio, on le voit de l’autre côté, et juste à cet endroit spécifique pour pouvoir réécrire une lettre nouvelle qui change le mot et qui lui donne un nouveau sens. On a changé le mois des cendres. Derrière on se rend compte qu’il y avait un contexte chrétien ou plutôt araméo-chrétien, et ce contexte-là n’avait plus lieu d’être dans la religion qu’on voulait faire, la religion des califes, la religion qui se crée à Bagdad en milieu arabe et persan, et plus du tout en milieu araméen.

G : Olaf est l’auteur du grand secret de l’islam et Leila Qadr, doctorante, est spécialiste du thème de l’alliance dans le coran. Nous en étions à ces sources du coran. Il y a aussi des sources issues de l’ancien testament. Pour la sourate 17, vous étiez en train de nous dire c’est qu’on ne sait pas qui se promène sur le cheval ailé et qu’on reprend une légende juive de Moïse.

L : Mais déjà le titre de la sourate a changé, elle s’appelait les fils d’Israël, les bénis d’Israël, et après le titre va changer et s’appeler le voyage de Mahomet. Il y a déjà un changement de nom de la sourate et la sourate ne parle que de Moïse, sauf sur ces deux incises concernant El Aqsa et El Haram.

G : incises qui sont récentes puisque dans le coran de Sana’a

L : on voit qu’elles n’y sont pas. Tous les spécialistes parlent d’interpolation. Moi j’ai fait juste une recension, ce travail a été fait énormément au 19ième siècle par des chercheurs allemands et toutes les sources sont disponibles, il fallait simplement les synthétiser. Il y a aussi des sources rabbiniques dans le coran. Il va y avoir le récit d’Abraham qui ne quitte pas la ville d’Ur mais d’Abraham qui va être libéré du feu brûlant. Comment, on peut passer de la ville d’Ur au feu brûlant ? Donc là c’est Sami Aldeeb qui le recense dans sa recension du coran chronologique. Il dit que c’est une erreur de copiste, d’un rabbi qui s’appelait Jonathan ben Ouzziel qui va faire une erreur de traduction qui va confondre l’accadien et le babylonien avec l’araméen parce que Ur veut dire la ville en Babylonien et veut dire le feu brûlant en araméen. On voit qu’il y a une erreur d’un texte juif qui est reporté dans le coran. Donc ça, on le voit plusieurs fois.

G : cette idée coranique qu’Abraham est sorti du feu est reprise d’un apocryphe juif ?

L : d’un midrash. Le midrash était antérieur au texte coranique. Il y a aussi l’exemple des tables de la loi parce que dans l’arabe et les langues sémitiques, il y a à la fois le duel et le pluriel. On donne à deux choses plusieurs choses. Dans le coran, il reçoit plus que deux tables de la loi, il en reçoit plusieurs, on va le voir par la grammaire. On va retrouver ça dans les textes rabbiniques ou midrashiques. On peut pister l’origine des erreurs ou des interprétations.

G : vous avez des sources rabbiniques avec ces erreurs qui se transmettent depuis les originaux juifs jusqu’au coran.

L : ce peut-être des erreurs ou des volontés de jouer avec le texte. Dans la littérature rabbinique, ils aiment bien jouer avec les mots et puis trouver toujours des sens nouveaux aux mots et des sens nouveaux à l’écriture sainte et donc ils peuvent jouer avec les mots. Ce qui est intéressant c’est que l’on va retrouver ces choses dans le coran, il y a des détails que l’on n’a pas dans la bible que l’on va retrouver dans le coran.

G : Et il y a d’autres sources encore ?

L : il y a par exemple le livre du jubilé où Abraham fait sept tours, sept circonvolutions je crois dans le sens lévogyre pour fêter la naissance d’Isaac. Ce rituel, on va le retrouver dans le rituel du pèlerinage de la Mecque (la kaaba est gauche). Il y a aussi le rituel, on peut se poser la question de leur source. Pour la prière, Olaf a fait une petite vidéo concernant l’origine de la salat islamique.

O : C’est tout bête, je suis tombé sur un documentaire où on voyait prier des chrétiens araméens et donc des chrétiens qui tiennent leurs traditions du judéo-christianisme (Note perso : différent des judéo-nazaréens), ils prient exactement à la façon des musulmans. On peut faire le rapprochement, ce sont des traditions hébraïques qui sont passées à la fois chez les rabbiniques car on voit certains juifs de certains courants prier comme ça en se prosternant. La ritualisation de la prosternation, la façon dont la prière de prosternation est ritualisée, codifiée ; on retrouve la même façon de faire chez des croyants qui sont tous issus des hébreux, sauf que les musulmans sont les seuls parmi les trois à dire qu’ils ne viennent pas des hébreux. Ils ont beau dire que leur religion est primordiale et que peut-être il existait des bons juifs qui continuaient à suivre la sainte révélation d’Allah donné par Moïse, mais la façon de prier chez eux, elle leur a été donnée par Mahomet lui-même qui enseigne des arabes soi-disant complètement incultes et polythéistes. Hors non, il n’en est rien, cette simple petite comparaison des façons de prier nous montre que l’islam a des traditions hébraïques qui sont passées dans l’islam. Ce n’est pourtant pas du tout ce que disent les musulmans.

G : Est-ce que vous avez d’autres exemples à nous proposer ?

L : il y a des livres judéo-chrétiens comme le livre la caverne au trésor où le centre du monde se situe à l’esplanade du temple. Donc c’est aussi intéressant par rapport à la thèse du père Gallez, car c’est là où vont se ruer les proto-musulmans. Donc l’esplanade du temple dans les sources judéo-chrétiennes, c’est le centre du monde, c’est là où a été créé Adam, c’est là où il est enterré, c’est là où Isaac a été sacrifié, et c’est aussi le lieu du Golgotha, et c’est aussi le lieu où les âmes attendent le jugement.

G : et c’est là que Jésus va revenir pour les musulmans

L : non c’est à Damas, je ne sais pas pourquoi.

O : Jésus initialement devait revenir de l’endroit d’où il est parti, le mont des oliviers et ensuite traverser la vallée pour arriver au temple. D’ailleurs c’est cela que croient toujours les juifs, c’est pour cela qu’ils ont placé leur cimetière là pour être les premiers à ressusciter (Note personnelle : ils attendent toujours le messie). Mais ce qui s’est passé quand les califes omeyades ont pris le pouvoir après le calife Ali qui a été assassiné, c’est Muawiya qui a été gouverneur de Syrie qui prend le pouvoir et qui se fait calife, et déplace la capitale de Médine à Damas. Pour authentifier son pouvoir, des traditions sont avancées, on transforme le retour du Christ sur le mont des oliviers en retour du Christ à Damas, ce qui donne une légitimité à la ville de Damas en fait, comme capitale du nouvel empire des omeyades.

G : cela montre l’importance de la croyance au retour de Jésus

O : cela montre l’importance de la croyance en ce retour de Jésus et qui est toujours aujourd’hui aussi forte chez les musulmans, on en reparlera tout à l’heure. Cela nous montre aussi une logique qui est toujours celle de l’islam aujourd’hui, c’est celle de la construction à rebours des choses. C’est-à-dire que ce n’est pas parce que Jésus va revenir à Damas que la tradition qui le dit a été faite et puis s’est transmise, c’est parce que on voulait qu’il y ait cette tradition que celle-ci a été écrite. Voyez, c’est à chaque fois en partant de la conclusion qu’on fait les choses. Et ça, c’est la logique qui a entièrement présidé à l’islam, à la constitution de l’islam. On a voulu que l’islam soit comme ci, et donc on a fait en sorte que le texte, que les traditions, que les noms de lieu, que le temple machin, que tout soit fait pour que l’islam soit comme ci. Et une fois que l’on a compris cela, on peut entièrement décrypter l’islam, c’est assez facile d’y voit clair dans l’écheveau très compliqué des traditions musulmanes.

G : Alors nous en sommes toujours à cette étude des sources du coran, sources extérieures au coran qui montrent bien que le coran n’est pas un texte incréé puisqu’il a des sources humaines. Vous insistez sur le fait qu’on aperçoit une évolution du coran.

L : Voilà, on le voit au niveau de l’écriture, on voit qu’il y a des strates d’écriture, des couches d’encre différentes et des mains différentes, il y a différentes mains.

O : et qu’en particulier, le langage de la violence serait plus tardif.

L : J’ai analysé certains mots comme obéir et tuer, et sur ces mots là on voit qu’il y a une volonté de vraiment d’insister sur tuer et obéir. Donc c’est tout ce qu’on peut dire, on peut voir que sur ces mots là il y a plusieurs couches d’écriture alors que les mots d’à côté ils sont écrits d’une très belle calligraphie. Ces mots là souvent, il y a un grattage ou ils sont écrits différemment aussi, il peut y avoir des petites fautes, je demande à des spécialistes d’arabe : il faut lire ça mais ce n’est pas écrit comme ça. On voit que sur ces mots-là, il y a des anomalies, il y a une insistance sur ces mots-là.

Et même parfois dans les traductions, il y a des mots qui ont un sens défini en arabe, par exemple fitna qui veut dire discorde et eux ils vont traduire que c’est en fait des cafards, des mécréants. Des fois, le traducteur va vouloir déformer le sens du mot c’est-à-dire qu’il demande de tuer ce qui font la fitna et le traducteur va dire tuer les infidèles. Après fitna ne veut absolument pas dire infidèle dans le dictionnaire du coran et dans le dictionnaire arabe, mais la volonté est de le traduire ainsi.

G : maintenant cette grande discorde entre chiites et sunnites, elle leur permet de se traiter mutuellement d’infidèles.

L : Voilà, le mot fitna ne veut absolument pas dire infidèle mais 100 ans ou 200 ans plus tard au gré des discordes internes, il va prendre des sens diverses et variés.

O : Une illustration, le verset 193 de la sourate 2, la vache, qui dit « Et combattez-les à mort jusqu’à ce qu’il n’y est plus d’associations et que la religion soit entièrement à dieu seul. ». Si on regarde le texte arabe, ce n’est pas marqué association, c’est marqué fitna, dissension, discorde.

G : Pour les auditeurs de radio courtoisie, le mot association renvoie à l’incarnation, c’est-à-dire renvoie au fait que le Christ est Dieu comme le Père, et donc on associe deux dieux. C’est en tout cas ce que les musulmans nous reprochent, c’est un seul Dieu bien sûr. Enfin, ils nous reprochent d’être des associateurs. Et alors vous, vous dîtes que ce mot associateur en tout cas dans ce verset 193 de la sourate 2

L : C’est fitna, discorde, discension.

O : Derrière, ce dont on se rend compte, c’est que l’on ne lit pas le coran pour ce qui est écrit en fait. On lit le coran pour ce que les commentateurs ont voulu absolument faire croire. Et c’est toute la difficulté qu’on a même par rapport à l’islam, c’est qu’il faut se départir de tous les présupposés qui ont été instillés petit à petit, et je pense que pour les musulmans c’est évidemment encore plus difficile, pour essayer juste simplement voir ce qui se donne à voir, lire le texte pour ce qui est écrit et non pas pour ce co-texte pour les notes de lecture, pour les gloses qui sont entre crochets qui sont légions dans le texte coranique.

G : Donc, c’est cette entreprise de lecture du coran en lui-même que vous poursuivez Leila, et sur laquelle vous allez publier. Je serais tenté de vous parler quand-même un tout petit peu d’autres sources qu’on n’a pas encore invoquées qui seraient les sources grecques du coran.

L : oui ce serait pour tout ce qui est miracle d’embryologie, parce que les musulmans vont vous parler très longuement des miracles du coran comme si dans l’antiquité tardive toutes les civilisations étaient complètement idiotes et n’avaient aucune science et donc en fait les traités d’embryologie du coran sont à relier avec les traités d’embryologie des Galien (Note perso : né en 131 après JC (1)).

O : Galien c’est au second siècle

G : Galien est un célèbre médecin romain

O : Oui voilà, un médecin romain qui décrit les différents stades de formation sur l’embryon, et on va retrouver exactement la même pensée dans le coran. Et les concordistes dont le pionnier a été le converti (Note perso : à l’islam) Maurice Bucaille nous explique que le coran est un texte miraculeux puisqu’on y trouve dedans des pseudo

G : C’est important car ce livre de Maurice Bucaille, moi j’ai eu des musulmans qui l’ont invoqué auprès de moi comme étant une autorité démontrant la vérité de l’islam, et donc en particulier dans le livre « la bible, le coran et la science ».

O : Ce sont les fondements concordisme disant le coran est un texte miraculeux, la preuve, il contient des vérités scientifiques qui étaient impossible de déterminer à l’époque. Et quand on regarde un petit peu le détail des choses soit ce sont des vérités scientifiques qu’il était tout à fait possible de déterminer à l’époque et parfois même ce sont des erreurs scientifiques de l’époque du type les différents stades du développement de l’embryon.

L : L’embryon ne dépend pas que du sperme comme il est marqué.

O : Voilà l’ L’embryon ne dépend pas du sperme, on a oublié l’ovocyte, on y dit que les os se forment avant la chair. Et ça, ce sont les mêmes erreurs que l’on retrouve chez Claude Gallien, c’est le premier type. Et puis ensuite, il y a l’autre type, c’est-à-dire que l’on va « capilotracter » le texte, c’est-à-dire on va vraiment euh

L : délayer

O : on va vraiment délayer, délayer, délayer, faire dire au texte des choses qui n’y sont pas en fait. On va vouloir nous faire croire que le coran décrirait le big bang par exemple, ou le coran dit « n’as-tu pas vu que les fourmis parlent », qu’elles communiquent entre-elles, on va nous dire que c’est la preuve que les fourmis émettent des phéromones, des molécules chimiques, elles ont des antennes qui émettent et des antennes qui reçoivent, et que tout ça, ce n’est qu’au vingtième siècle que l’on l’a découvert. C’est de l’extrapolation pure et simple. Tout ce que cela nous montre, et c’est très intéressant, c’est la psychologie de certains musulmans, de beaucoup de musulmans. C’est-à-dire, qu’ils ne vont pas regarder le contenu du texte, il ne sert pas, ce n’est pas le texte en lui-même qui vient fonder la croyance, c’est la croyance qui veut contraindre le texte à rentrer dans son présupposé. Le présupposé est le coran est un texte miraculeux, donc ce qui est écrit est miraculeux, la preuve en forçant, en forçant, en forçant, on arrive bien à trouver quelque chose. Un autre type de ce genre de miracle, et là c’est triste et ça frise parfois au ridicule, ce sont les miracles dit numériques. Par exemple, vous avez un érudit qui va nous faire un traité sur le nombre 19 dans le coran et nous expliquer que 19 est un nombre magique ou miraculeux dans le sens où si on prend la sourate 19, tous les 19ième mots, il va se passer quelque chose. En fait on se rend compte que cet homme a passé sa vie à triturer le coran dans tous les sens pour y trouver des concordances numériques, et qu’à force, vu que le texte est énorme, il a fini par trouver des concordances numériques comme on en trouverait dans un grand texte comme l’odyssée d’Homère ou l’enfer de Dante, ou même dans un annuaire téléphonique. Dès que le texte est suffisamment vaste, n’importe quel type de concordance numérique on va en trouver. Est-ce pour autant un miracle ? Non, le phénomène que cela révèle c’est la psychologie de la personne qui veut y croire.

G : qui cherche le miracle. Est-ce que, Leila, je reviens à vous, vous vous faites discrètes, mais je voudrais que vous ayez le temps d’exposer vos recherches. Est-ce que vous auriez d’autres exemples à donner à propos des sources qui pourraient intéresser nos auditeurs ?

L : Oui, ce sont les philologues, ce n’est pas moi qui ait trouvé, c’est la sourate 18 qui évoque un voyage d’Alexandre le grand, car dans le coran ils vont parler d’Alexandre le grand sous un autre nom, Dhû-l-Qarnayn, c’est-à-dire celui qui porte des cornes, où il effectue un voyage aux confins su monde où il va construire un mur contre Gog et Magog. Donc, ce texte-là, tous les spécialistes montrent que c’est un texte, une copie d’un texte de commande d’Héraclius où Héraclius s’identifiait un peu à Alexandre le Grand suite à ses victoires contre les partes. Donc il s’identifiait à lui et c’était une commande qu’il a faite en 629. Donc les philologues ont dit que c’est le seul texte coranique, alors là ils sont absolument formels, ils disent que c’est le seul texte coranique qu’on peut certifier qu’il est postérieur à 629, puisque le texte source est de 629.

G : Alors qu’on nous dit dans la légende musulmane que le coran est de 622.

O : Non, non, non, on nous dit dans la légende musulmane que le coran a été révélé entre 610 et 632, et ensuite on va nous expliquer qu’il y a une chronologie de la révélation, si on l’appelle comme ça, c’est-à-dire que telle sourate a été révélé à telle année. Le problème est que cette fameuse sourate dont on parle a censé avoir été révélée non pas en 629 mais pendant la période mecquoise, c’est-à-dire avant 622.

L : Donc là il y a un problème de chronologie.

O : Le problème étant que si on commence à titiller en disant que la chronologie n’est pas bonne, si la chronologie n’est pas bonne alors la tradition qui la raconte n’est pas bonne, si la tradition qui la raconte n’est pas bonne, alors quelle confiance peut-on faire au reste de recueil de la tradition. Et tout s’effondre.

G : Il y a une espèce de tout ou rien au fond chez les tenants de l’islam. Il faut tout tenir où alors il ne reste plus rien.

O : L’islam est un bloc monolithique. C’est pour cela qu’on peut vraiment douter de la possibilité de la réforme de l’islam, c’est-à-dire d’une autre interprétation, d’une désacralisation d’une certaine partie des textes, la contextualisation des textes de violence.

G : C’est la perspective que je voyais possible, on en parlera si vous voulez dans la dernière partie de cette émission. J’aimerais encore vous entendre sur peut-être un ou deux exemples. Le dernier exemple que vous avez produit est tout à fait intéressant.

L : Oui, on peut parler aussi des sept dormants. Toujours dans la sourate 18, ils vont parler des sept dormants et c’est un thème qui a été repris par les dialogues islamo-chrétiens.

G : Oui Louis Massignon a écrit un livre sur les sept dormants.

L : Ce qu’ils oublient de dire c’est que c’étaient vraiment des homélies d’évêques du 6ième siècle, il y a des traces et des sources écrites de ces homélies en araméen où on évoque sept jeunes personnes qui vont se réfugier pour échapper aux persécutions anti-chrétiennes. La seule différence est que dans la version coranique, ils vont évoquer un chien alors que dans la version chrétienne, ils vont évoquer un ange. Alors les philologues se posent la question du comment on passe du chien à l’ange, alors ils disent qu’il y a un texte encore antérieur qui serait un texte source où il y aurait peut-être les deux l’ange et le chien, le chrétien pour développer le thème de la résurrection des corps ne va pas évoquer de chien et la partie musulmane utilise le texte pour son idéologie.

G : alors pourquoi le chien, alors que je crois que le chien est un animal suspect en islam à priori.

O : Je n’ai plus le détail en tête mais j’ai entendu une conférence de Guillaume Dye justement qui expliquait d’où venait ce texte des sept dormants dans l’islam et le coran, et pourquoi le coran a retenu le chien. Il expliquait très bien et montrait les sources exactes et les raisons pour lesquelles il y avait eu cette transformation ( Note perso : voir les 7 dormants d’Ephèse sur youtube  : https://www.youtube.com/watch?v=liED4jn7yNs )

L : Il y a aussi d’autres méthodes car ici on a parlé du fond, on peut regarder aussi au niveau de la forme. Si on regarde la sourate 19, les rimes sont toujours les mêmes, elles se finissent toujours par ya, et puis tout d’un coup il va y avoir une rupture de rime. Donc, au niveau de la forme les spécialistes vont dire là ce n’est pas normal, il se trouve que le fond et la forme vont ensemble parce que quand il y a une rupture de rime, on va trouver quelque chose qui va être complètement dans la doxa islamique, donc on voit que c’est une réécriture, une utilisation de textes au fur et à mesure des siècles.

G : alors justement, beaucoup de locuteurs arabes insistent sur la beauté du coran, sur la beauté de la langue arabe utilisée dans le coran qui serait une preuve par elle-même de l’inspiration divine du coran. Est-ce que vous avez sur ce thème quelque chose à dire ?

O : c’est vrai pour ce qui est de la beauté de la langue, quand on goûte la saveur de la langue arabe, effectivement c’est assez beau. Moi je me souviens de mon arrière-grand-père, c’est une tradition qu’on a dans la famille, il était un grand polyglotte et dont le grand plaisir était la lecture du coran le soir et qu’il goûtait en linguiste la beauté de la langue et de l’écriture. Mais derrière cela correspond à tout ce qu’on vient de dire à savoir le coran est un des textes le plus travaillé qui soit. Déjà il prend ses sources dans des textes de tradition orale qui ont été faits pour être appris par cœur, cantillé, chanté, récité. Certaines prières sont quasiment comme les psaumes en fait. Il y a une tradition de transmission orale dans les textes sources, et ensuite dans le travail de constitution du coran, il y a également toute une entreprise, une élaboration, une amélioration continue du texte. Tout s’explique. Enfin il y a un dernier point, le coran est le premier grand texte de la littérature arabe.

G : Il y a peu de choses écrits antérieurement ?

L : Il n’y a quasiment rien

G : la langue arabe, je prends cet exemple en tant que prêtre et en tant que chrétien, il en est question à la pentecôte parce que le Saint Esprit s’exprime dans toutes les langues des gens qui étaient présents sur la place du cénacle où a lieu la descente du Saint esprit. Chacun les attendait parler dans sa propre langue, et une des dernières citées, c’est arabe.

L : En Langue orale elle existait.

O : Tout le problème est de retrouver ce qu’a pu être une oralité d’y il y a 1400 ans, alors qu’on n’a pas de témoignages écrits pour en attester.

L : Les plus vieilles inscriptions arabes datent de 328 en épigraphie en Jordanie. Donc on trouve des textes en arabe mais c’est souvent mélangé avec du nabatéen ou de l’araméen.

O : La langue arabe écrite s’est constituée à mesure que s’est constitué le coran, c’est-à-dire qu’il y a eu une entreprise d’écriture du coran sur plusieurs siècles qui est concomitante avec celle de l’élaboration de la façon d’écrire l’arabe. C’est-à-dire que vont travailler des calligraphes qui vont inventer des lettres, inventer des accents pour pouvoir séparer les lettres les unes des autres, vont travailler des grammairiens qui vont fixer la langue, un peu comme l’académie française ou l’édit de Villers-Cotterêts.

G : oui il faut une volonté politique pour que la langue puisse porter tous ses fruits, c’est vrai dans l’histoire du français, c’est donc vrai dans l’histoire de l’arabe. Les califes entreprennent la rédaction du livre.

O : les califes entreprennent la rédaction du livre et la constitution, la formalisation, la fixation de la langue écrite et donc derrière la fixation aussi un petit peu de ses formes orales. Le coran étant le premier grand texte de référence, il est celui qui donne la référence de la langue et donc derrière, on y trouve une beauté à cause de ça, il est le maître étalon. Il y a des expressions qu’on dit en arabe dont on trouve la source uniquement dans le coran parce que c’est au moment de l’application du coran que l’expression a été faite comme ça. Et ça va même au point d’avoir fixé le sens des mots, il y énormément de mots dont on a fixé le sens. Je vous avais parlé tout à l’heure d’une importante proportion d’hapax legomenon c’est-à-dire de mots ou de formes qui n’ont qu’une seule occurrence dans le coran. Je crois qu’il y a une forme sur 7 dans le coran qui est un hapax, c’est considérable.

L : 25% je pense d’après Samuel (Dib ?).

G : Cela dénote aussi une langue extrêmement travaillé.

O : pas tant que ça, en fait la plupart des sources du coran était écrit en araméen, venait d’une culture syro-araméenne, et l’interprétation s’est faite non pas dans le milieu de Damas ou dans le milieu Syrien du Mahomet d’origine qui était en Syrie avec les judéo-nazaréens, mais elle s’est faite à Bagdad, à Bagdad avec des arabes et des persans qui avaient complètement perdues les racines araméennes. Et donc ils se sont retrouvés avec un texte qu’ils ne comprenaient plus parce que ce texte comprenait notamment beaucoup de translitérations en alphabet arabe de mots araméens. Et à partir de ce moment-là, ils ont essayé de donner un sens à des choses qui n’en avaient pas.

G : On est très loin du coran incréé

O : Il s’agissait de donner un sens qui n’en avait pas et aussi de donner le sens que l’on voulait.

G : Leila vous avez un exemple.

L : Deux petits exemples, un sérieux et un pas sérieux. Pour l’exemple pas sérieux, la sourate 56, verset 28, ils vont parler des bananiers, donc taalim. Donc sur ce mot là, j’ai fait des recherches avec des professeurs d’arabe, on a fait une recherche dans les sources arabes, ce mot là veut dire acacia. Ça serait d’autant plus logique que des bananes au 6ième siècle en Arabie, j’ai fait une recherche géographique, c’est déjà difficile de faire pousser des oliviers alors c’est d’autant plus difficile avec des bananiers. C’est encore plus vrai que la racine arabe ne désigne pas ce mot là, Il y a un autre mot en arabe avec une racine latine mus pour dire banane, du coup la traduction des bananiers au paradis paraît un peu étrange. Le mot sérieux, c’est concernant le mot furqane qui existe en araméen qui veut dire le salut et qui est le nom de la sourate 25, justement l’équipe Abbasside va traduire par un autre mot, par le mot discernement. En fait dans le coran, il y a le mot salut si on se réfère à la source araméenne mais les traducteurs postérieurs effacent le salut pour parler d’une autre notion théologique qui serait le discernement.

G : si je vous suis bien le salut chrétien, salut que l’homme ne peut pas obtenir par lui-même parce qu’il est la divinisation de l’homme c’est cela le salut, est transformé en un discernement que là l’homme peut tout à fait opérer.

L : Donc il y a un effacement des notions judéo-chrétiennes.

G : Est-ce que vous pouvez nous parler un petit peu du fond de votre thèse sur l’alliance, on est très proche de la thématique du salut avec la thématique de l’alliance. Par exemple dans la parole de la consécration du sang du Christ, « Le sang de l’alliance nouvelle et éternelle qui sera versé pour vous et pour beaucoup en rémission des péchés », donc l’alliance c’est le salut.

L : Etant donné que la notion de salut a été complètement effacée, escamotée, il y a une d’autres notions qui ont été complètement escamotée, c’est la notion d’Esprit Saint. Dans le coran, il va y avoir 19 fois je crois ruh al-Qudus, c’est-à-dire l’Esprit Saint, mais la traduction va dire Gabriel, donc là aussi, c’est pour on va dire casser, pour faire une transformation.

G : Mais alors quelle traduction, ruh al-Qudus c’est de l’araméen ?

L : En arabe, c’est l’Esprit Saint, mais dans la traduction française, les traducteurs vont marquer Gabriel à côté.

G : Ils ont peur de l’Esprit-Saint alors ?

L : oui, quand ils entendent ruh al-Qudus, pour eux c’est l’ange Gabriel. Alors dans un premier temps, ils ont enlevé un article pour dire l’esprit du saint, donc petit à petit ils effacent l’Esprit Saint. Toutes ces notions d’alliance, d’Esprit Saint et de salut vont être en fait diluées et escamotées par des artéfacts de traduction et des artéfacts de graphologie.

G : Et vous pensez que ces thèmes, on pourrait les retrouver dans la lettre dans le texte du coran. Ça peut être évidemment un instrument considérable pour le dialogue.

L : Oui, Olaf vient d’en retrouver une sourate. Olaf, c’est à toi l’honneur de la lire. C’est la sourate 19.

O : Celle qui nous parle de l’annonciation à la musulmane et de la conception de Jésus : elle mit entre elle et eux un voile, nous lui envoyâmes notre esprit. Et là on glose le texte pour le faire comprendre, notre esprit ce n’est certainement pas l’Esprit Saint puisque la glose dit : c’est l’ange Gabriel qui se présente à elle sous la forme d’un homme parfait.

L : Par contre, dans le texte en arabe on a bien Ruah, donc Ruah c’est l’esprit.

G : on est bien évidemment devant le thème chrétien de la Vierge qui a conçu du Saint Esprit.

L : Oui, pour effacer cette notion judéo-chrétienne, il faut transformer

G : Et pour dire que Dieu est absolument seul et unique, et qu’il n’y a pas d’autre dieu que dieu, et qu’il n’y a pas trois personnes en Dieu.

L : ça, même le père Gallez dit qu’il y a encore des traces de trinité dans certaines sourates.

O : ça à voir je pense avec l’histoire pour le coup, la pensée directive du mouvement qui a donné lieu à l’islam est vigoureusement anti trinitaire, c’est-à-dire que pour elle Jésus n’est pas dieu, le Saint-Esprit n’est pas dieu. Mais quand ils ont agrégé des arabes à leur mouvement, je parle des judéo-nazaréens, ils sont tombés sur des arabes chrétiens, des arabes chrétiens monophysites aussi, et ils ont dû faire copain-copain avec eux, et peut-être mettre un peu d’eau dans leur vin pour ce qui était du statut de Jésus ou accepter que ces arabes-là ne pensent pas comme eux. Et donc on se retrouve comme cela avec des influences composites qui ajoutent encore à la contradiction en fait.

G : Oui c’est très frappant, je n’ai pas le texte en main et je n’avais pas imaginé en parler ce soir, mais il me semble que certains textes du coran et en particulier de la sourate 19 disent la divinité du Christ ou disent que le Christ c’est l’Esprit d’Allah par exemple.

L : Ah oui, c’est la sourate 3 (3,45-47) donc il est le « Kalimat Allah », c’est-à-dire la parole, le verbe de Dieu. Et donc là, ce sont les commentateurs musulmans, les savants musulmans qui ne sont pas d’accord entre eux, il y en a certains qui vont interpréter d’une certaine façon, d’autres

G : C’est énorme le verbe de dieu. J’en ai parlé avec le recteur de la mosquée de Bordeaux, Tareq Oubrou dans un débat public ( http://www.egaliteetreconciliation.fr/Catholiques-et-musulmans-partenaires-ou-adversaires-22928.html ) et cela m’avait beaucoup frappé parce que j’ai trouvé que sa défense était beaucoup moins ferme que je m’y attendais. Je lui ai dit il me semble que dans le coran tel verset affirme quelque chose que nous chrétiens on lit comme la divinité du Christ.

L : D’autant plus que le mot qui est juste avant la kalimatin, ça je l’ai remarqué dans ma thèse, la racine c’est bashar, c’est-à-dire la racine bashar c’est la bonne nouvelle. Donc l’ange annonce la bonne nouvelle de la Parole de Dieu en Marie, voilà ce qui est marqué en arabe : la bonne nouvelle de la Parole de Dieu en Marie.

G : A ce moment-là, on remonte à l’évangile de Jean, au commencement était le Verbe et le Verbe s’est fait chair et Il a habité parmi nous. Et on est vraiment dans le dogme chrétien. On a l’impression qu’il s’en faut d’un cheveu pour que le coran n’affirme pas de ci ou là en vertu de ses sources antérieures peut-être non assez rabotées la divinité du Christ. Parce que comme il y a des sources antérieures, on ne contrôle pas le texte à la lettre et il y a comme un oubli dans la citation que vous suggérez Leila

L : La bonne nouvelle de la parole de Dieu en toi.

G : mais il me semble que le verset que j’avais trouvé avait aussi l’Esprit de Dieu.

L : Oui, il est les deux, en fait Jésus est à la fois la Parole de Dieu, le Verbe de Dieu et l’Esprit de Dieu. Donc c’est une christologie très particulière.

G : Voilà, dire le Christ est l’Esprit de Dieu, on est très très proche de la trinité.

O : On est très proche de la trinité, tout cela rend compte de ce qu’étaient les judéo-nazaréens. Derrière si on plonge dans l’histoire, si on remonte le fil, on en arrive à l’exacte moment de la divergence entre judéo-chrétiens et judéo-nazaréens. Et derrière il y a des conceptions communes, Marie est vierge, elle a conçu du Saint-Esprit, elle n’est pas mère de dieu en revanche.

G : Alore, Mère de Dieu, J’ai reçu il y a quelques semaines à ce micro le père Humblot qui est un prêtre du prado tout à fait étonnant qui a pris la nationalité iranienne, c’est quand même peu commun un prêtre catholique qui a reçu la nationalité iranienne, et qui disait le problème est que l’expression Mère de Dieu qui remonte au concile d’Ephèse en 431, si elle est exacte pour des grecs et des latins, pose problème pour les orientaux qui n’étaient pas justement à ce concile d’Ephèse. Donc au fond, il préfère dire la mère d’un Fils qui est le Fils de Dieu ou quelque chose comme ça, donc des expressions assez proches.

O : Mais pour revenir à notre affaire, ce terrain commun dont il est question, il est d’une certaine façon encore le terrain commun que l’on peut avoir avec des musulmans et qui forment les vrais bases d’un dialogue fructueux.

G : c’est ça

O : le terrain commun est le constat du monde livré à l’empire du mal qu’on partage avec les musulmans, et il faut discuter de cela avec eux.

G : oui mais on n’a pas le même sens du mal c’est-à-dire que pour un chrétien, il y a cette mystérieuse alchimie de la croix qui transforme le mal, qui transforme la souffrance du Verbe de Dieu en preuve ultime d’amour et en bien suprême. Alors que vous savez que dans le coran, le Christ au dernier moment est remplacé par un autre sur la croix. Le christ ne meure pas sur la croix et donc le sens du mal devient complètement différent.

O : Il y a une question anthropologique mais là-dessus, on peut aller interroger les musulmans également. Il y a une négation du péché originel de la réalité anthropologique et empirique du péché originel dans l’islam. Le péché originel, il n’y a pas besoin pourtant d’être un croyant pour savoir ce que c’est, le péché originel c’est l’inclination au mal qui est au cœur de chaque homme.

G : le mal est plus facile à faire que le bien.

O : Derrière un musulman, même s’il ne croit pas au péché originel, il peut se rendre compte

G : et pourtant le mal est plus facile à faire que le bien, et pourtant le bien est le premier conçu et le premier aimé en chaque homme. En tout homme, il y a une velléité du bien, puisque Saint Augustin lui-même qui était pourtant un pessimiste appelle la bonne volonté qui est à l’origine dans tout homme.

O : On voit aussi que la liberté de l’homme n’est pas totale devant le bien et le mal et que on ne peut pas choisir si librement que ça de faire le bien ou de faire le mal, c’est ce que dit Saint Paul : je fais le mal que je ne veux pas faire.

G : et je ne fais pas le bien que j’aime.

L : Cette citation de Saint Paul est reprise au compte de Abou Bakr dans des hadiths. Dans des hadiths, on retrouve cette citation de Saint Paul mais attribué à Abou Bakr.

O : Derrière il faut aller interroger les musulmans sur le fait que le mal est avant tout en soi, regarde d’abord la poutre qui est dans ton œil avant de voir la paille chez ton voisin. C’est la Parole du Christ, c’est empirique, anthropologique, parce que chez les musulmans, le mal est avant tout est extérieur. L’histoire du coran comme il est déformé dans le coran, ce n’est pas l’homme qui choisit de faire le mal, c’est Satan qui le lui fait faire entièrement, toute la responsabilité en retombe sur Satan et rien sur Adam. Il n’y a pas de péché originel, et derrière cela justifie que le monde pourrait se séparer en deux camps, les bons et les méchants, les musulmans et les non musulmans. C’est l’idée des judéo-nazaréens, les purs et les impurs en fait. Et derrière cette idée est absolument destructrice. Elle porte en elle en germe la justification morale de toutes les persécutions, si je ne suis pas semblable à mon prochain,

G : et je dirai de tous les génocides.

O : et jusqu’au génocide, la justification morale est posée et derrière même le musulman le plus gentil du monde, s’il croit qu’il n’est pas pareil que son voisin, il ne faudra pas grand-chose pour le persuader d’aller persécuter ce voisin. Quand on parlait de réforme de l’islam tout-à-l ’heure, c’est à ce niveau-là qu’il faut aussi porter les choses, mais alors cela impliquerait de transformer de fond en comble cette religion. Et derrière, qu’est-ce que ce serait, tout s’effondrerait.

G : C’est ça, vous me disiez je doute de la capacité de réforme de l’islam, et en même temps, lorsqu’on parle un peu théologie, lorsqu’on aborde tel ou tel verset du coran, on se dit si des spécialistes du coran pouvait discuter avec des théologiens chrétiens, ils se rendraient compte que du point de vue de leur foi, la foi coranique a été incontestablement antérieurement une foi chrétienne ou judéo-chrétienne, avec ce signe extraordinaire de Marie.

O : Ce n’est pas la même Marie, il faut faire attention. La Marie qui donne naissance à Jésus musulman ne peut pas être la même Marie que la Marie qui a donné naissance à Jésus chrétien. Chez nous chrétien, on vénère Marie parce qu’elle est mère de Dieu. Vénérer une Marie qui n’est pas la mère de Dieu, c’est de l’idolâtrie pour les chrétiens. Donc derrière il faut faire attention parce que

G : oui mais la reconnaissance de la virginité de Marie par les musulmans est tout de même comme un préambule à la reconnaissance de la divinité du Christ. Pourquoi le Christ est né d’une mère vierge, pourquoi Mahomet, ce n’est pas du tout le cas ? Tout simplement parce que Mahomet est juste pour eux, un prophète et un homme, tandis que le Christ est plus qu’un homme.

O : Oui moi je vous dirai monsieur l’abbé que devant l’expérience de contact avec des musulmans, je me suis rendu compte hélas, qu’on n’arrive pas à discuter du passé, c’est-à-dire des textes, des conceptions qu’on hérite chacun de nos religions, je n’arrive pas à discuter de ça avec des musulmans parce que pour eux ces choses ne se discutent pas, elles se reçoivent d’un bloc.

G : Oui c’est le caractère incréé du coran, c’est toujours la même chose.

O : on parle du coran, on va dire mais tel commandement du coran est insupportable.

G : Et on passe très vite et horriblement facilement du caractère incréé du coran au caractère incréé de mes préjugés.

O : Mais il faut faire attention parce que, à constater cela, on en viendrait facilement à tomber dans une forme de fatalisme. Ils sont comme çà, ils sont entièrement déterminés par leurs textes, les chrétiens sont comme ça ils sont complètement déterminés par leurs textes, les rousseauistes sont comme ça ils sont déterminés par la lecture de Rousseau,

G : ou les marxistes par celles de Marx

O : à ce moment-là, on n’a plus rien à se dire, on n’a plus qu’à se faire la guerre, et je ne suis pas d’accord avec ça.

G : Il faut bien revenir sur les textes, vous êtes bien d’accord que c’est bien un aspect de la mission que vous vous êtes donnée.

O : Ce sera plus productif et plus efficace avec les musulmans en leur parlant de l’avenir et non pas des textes. On peut parler des textes également, comme je vous dis les textes appartiennent au passé, alors que l’avenir nous intéresse tous, et on peut porter sur l’avenir un regard intéressant.

G : Alors ce serait si vous le voulez la dernière petite partie de cette émission, qu’est-ce qu’on peut faire avec ces études du coran et comment est-ce qu’on peut approcher les musulmans et les aider peut-être à évoluer dans le regard qu’ils portent sur le coran.

O : alors je vous dirai que les études de textes et des commandements sont très intéressantes pour les non-musulmans qui doivent se rendre compte de ce que c’est l’islam. L’islam n’est pas forcément ce qu’on en a dit, cette religion de paix, d’amour, de tendresse presque : non pas tout à fait et même loin de là. Il faut pouvoir mettre son nez dans les textes et comprendre qu’ils fondent chez les musulmans, du moins les musulmans croient que leur foi est fondée dessus, et donc derrière ils conditionnent beaucoup l’islam comme il se présente à nous, mais il ne faut pas s’en arrêter là car on tomberait dans l’attitude fataliste dont je vous ai parlé, il faut comprendre par l’étude historique qu’il y a quelque chose de bien plus profond que les textes eux-mêmes qui est à l’œuvre dans l’islam, cette croyance qui remonte au premier siècle, elle était là sans qu’il y est de coran, sans qu’il y est de hadiths, sans qu’il y est de Sirah en fait.

G : Alors c’est cette croyance dans le retour de Jésus.

O : Alors une croyance dans le retour de Jésus, une attitude de scandale devant le monde livré au mal et l’espérance qu’un jour le monde sera complètement délivré du mal. Et avec ces ingrédients-là qui sont ce que nous chrétiens partageons avec les musulmans, on peut aller discuter avec eux.

G : oui mais est-ce que nous nous partageons cette idée d’un monde entièrement délivré du mal, justement ?

O : Alors interrogeons surtout les chrétiens occidentaux, chez les orientaux, ils ont gardé cela chevillé au corps, mais c’est dans le credo : Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts et son règne n’aura pas de fin. Qu’est-ce que ça dit au chrétien aujourd’hui cette partie du credo.

G : ça veut dire qu’on revient au règne de mille ans auquel il est fait allusion dans l’apocalypse, c’est une allusion vraiment brève dans l’apocalypse.

O : Paul je crois et Jean en parle également, il est question d’un règne de mille ans et ensuite le Christ remettra la royauté à son Père, et là enfin la création rentrera dans la gloire. Mais ce sont les chrétiens qu’il faudrait interroger parce qu’on a complètement mis de côté cette dimension eschatologique de la foi chrétienne, on a complètement mis de côté le sens chrétien de l’histoire. Et d’avoir escamoter en quelque sorte cette dimension essentielle de la foi, pour moi la foi marche sur deux jambes : la relation personnelle à Dieu et la relation du monde à Dieu. Et si on enlève cette deuxième jambe, on se casse un peu la figure en fait.

G : Oui Dieu est maître de l’histoire, Dieu conditionne les évènements historiques, et au fond la véritable sagesse, le concile Vatican II l’a rappelé, consiste à observer les signes des temps, c’est-à-dire à essayer de comprendre en quoi ce que nous vivons a quelque chose de providentiel. Malheureusement, Vatican II est arrivé en plein 30 glorieuses, donc on était dans le progressisme le plus échevelé, et les signes des temps étaient systématiquement positifs.

O : Oui, ou du moins, on voulait les lire comme ça.

G : on s’est rendu compte 30 ans plus tard que ce n’était pas tout à fait ça et Gaudium et spes est quand même un des textes les plus vieillis le plus obsolète du concile. Ce texte sur l’église dans le monde de ce temps, et bien, le monde de ce temps, on a déjà changé de temps et en tout cas on a changé d’esprit du temps, on n’est plus dans l’optimisme démentiel des années 60-70.

O : Le concile n’a pas parlé du sens chrétien de l’histoire. En revanche, chez certains théologiens qui ont peut-être trop peu d’influence au concile, on peut penser à Ans Urs von Balthasar par exemple dont je ne suis pas un spécialiste non plus, mais en travaillant avec le Père Edouard Marie Gallez qui est lui-même théologien, on comprend un peu ce qu’est le sens chrétien de l’histoire. L’histoire en fait, elle débute et c’est assez intéressant parce que d’un point de vue administratif où du moins on l’a fait débuter à ce moment-là, à la naissance de Jésus-Christ ou tout du moins à la révélation chrétienne, et elle débute à ce moment-là dans le sens où l’histoire c’est l’affrontement

G : elle débute comme histoire, vous voulez dire, comme aventure ayant un début, un milieu et une fin,

O : voilà exactement. Auparavant on était dans une représentation cyclique. Qu’on soit à Rome, chez les indiens ou chez les chinois, on vivait dans des mythologies cycliques où les choses se répétaient. L’histoire commence quand Jésus-Christ dit que le mal n’est pas une fatalité, on ne porte pas soi-même le fardeau de ses péchés, on peut en être libérer, on ne porte pas le fardeau du mal, on n’est pas comme Pharaon lors de son jugement à lui lors duquel on pèse l’âme, c’est-à-dire tout le poids du mal qu’il a fait de toute sa vie et tout le poids du bien qu’il a fait de toute sa vie d’un côté et de l’autre. Jésus nous dit, vous pouvez être libérer du mal, donc il y a une possibilité d’un nouveau départ. Et c’est la même chose pour une société, une société peut se déployer et peut envisager un destin à travers les siècles en fait.

G : par la foi

O : par la foi, oui. C’est-à-dire qu’elle n’est plus liée à ses représentations cycliques, à ses fonctionnements de cycle. C’est ce que Lévi Strauss a vu de façon empirique chez les sociétés primitives, on va dire premières aujourd’hui, quand il a écrit le livre « horloges et machine à vapeur ». L’horloge, c’est la société primitive où tout se répète tout est stable, et la machine à vapeur, c’est la société moderne et elle n’est pas qu’occidentale, c’est la société et René Girard ne me contredirait pas, c’est la société qui a arrêté de pratiquer les sacrifices, qui n’a plus en elle-même les mécanismes pour contenir le mal à l’intérieur d’elle-même et qui est lancé à toute vapeur sur la frise de l’histoire jusqu’à la fin des temps. Mais pour revenir à ce que serait le sens chrétien de l’histoire, moi je le vois comme la diffusion de la révélation à l’ensemble du monde, et derrière le Christ nous dit que le jugement de la fin des temps, il le dit dans les écritures, ce sera le fait que les hommes à ce moment-là se seront entièrement prononcés dans l’humanité pour ou contre Lui-même. Et donc l’histoire comme on peut la lire à partir de cette constatation-là, ce sont les convulsions entre d’un côté les partisans de la révélation, ceux qui diffusent la révélation, et de l’autre ceux qui n’en veulent pas, ceux qui ne savent pas encore et ceux qui n’en veulent pas. Il viendra un moment où le monde entier se sera déterminé, pour ou contre. On n’en est peut-être pas si loin, mais on n’y est pas encore. Il y a énormément de gens qu’ils soient chrétiens ou non chrétiens ou anti-chrétiens même, qui ne savent pas qui est le Christ et qui ne se sont pas déterminés pour ou contre Lui. Viendra un moment de révélation où les choses se révèleront petit à petit.

G : Est-ce que vous ne croyez pas que cette révélation, là on est vraiment dans la théologie chrétienne et plus dans la théologie musulmane mais peu importe, elle s’effectue après la mort au fond. C’est-à-dire que je suis très frappé du texte de Matthieu 25 sur le jugement dernier, manifestement là il y a une prise de conscience puisque la question que posent les bons et que poseront ensuite les méchants au Christ, c’est mais Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu avoir faim ou avoir soif. Il me semble que là on a une révélation. Le bien qu’on a fait, on l’a fait toujours dans une forme d’obscurité, le bien n’est pas quelque chose de rationnel, de clair de net de précis, on fait le bien dans une forme de foi qui signifie l’obscurité de notre condition, mais ce don qu’on va faire à l’autre quel qu’il soit, on en ignore la portée réelle, et on en ignore le caractère divinisant. Et là il y a vraiment il me semble la révélation ultime du sens du bien.

O : Ça je vous dirais c’est la dimension personnelle de la foi.

G : et qui se trouve très clairement dans l’évangile. Donc le Christ gère son royaume d’une manière intégralement personnaliste. Alors maintenant vous avez vous, c’est l’aspect théologique de l’œuvre du père Gallez dont vous êtes le porte-parole en quelque sorte, et ça m’intéresse de voir un peu avec vous le sens de cette théologie collective et de cette idée du millénaire de paix qui arriverait sur la terre.

O : Sur les modalités très précises, je suis moins callé que lui, je le suis moins que lui de façon en général c’est sûr.

G : Vous apportez beaucoup à son œuvre par la clarté de vos exposés, lui est un découvreur, lui est un chercheur, et vous vous êtes quelqu’un qui transmet.

O : Moi ce que je comprends de son travail sur les fins dernières du monde, pas les fins dernières personnelles même s’il a aussi travaillé sur ce sujet-là, c’est qu’il ne s’agira pas d’un jugement avec tambour et trompettes et jésus qui va redescendre pour juger physiquement en disant, toi tu vas à droite, toi tu vas à gauche, telle nation tu vas à droite, telle nation tu vas à gauche, le jugement procède de soi et derrière des groupes eux-mêmes. Est-ce que je suis pour ou contre le Christ ? Et j’aurais voulu surtout rapporter ça aux musulmans et à l’islam.

G : Nous renvoyons à une émission ultérieure les élucidations sur ce sujet. Merci beaucoup Olaf de votre présence efficace, merci à Leila Qadr qui a dû nous quitter. Et chers amis auditeurs, je vous dis à dans 15 jours.

Référence bibliographique

Les 3 visages du Coran (Leila Qadr, Arrun Amine Saad Edine), Éd. de Paris (août 2016).

Le grand secret de l’islam (https://legrandsecretdelislam.com/, http://www.livresenfamille.fr/p10724-olaf_le_grand_secret_de_islam_2eme_edition.html, …)

 

Islam : religion de paix et d’amour ? Qu’en Conclure ?

Pour être précis dans l’analyse de l’islam et montrer la manipulation des phrases de propagande islamique du type « ce n’est pas cela l’islam », « l’islam est une religion de paix, d’amour ou du vivre ensemble », commençons par l’analyse des versets du coran, livre de référence de cette doctrine sur lequel tout musulman doit se conformer.

Préalable :
Le coran a beaucoup de versets contradictoires au niveau du sens, si vous citez un verset gênant à un musulman, il peut ainsi citer un autre passage selon l’interlocuteur ou les circonstances du moment ou encore dira que c’est un problème de traduction. Continuer la lecture de Islam : religion de paix et d’amour ? Qu’en Conclure ?

Après l’ attentat islamique du bataclan, la confusion est entretenue

Après chaque attentat, la classe politique et les médias entretiennent la confusion pour ne pas froisser les musulmans alors que seule la proclamation de la vérité peut amener la paix à long terme même si elle est difficile à faire entendre. La Croix du Nord participe à cette dissolution de la vérité en faisant paraître dans son édition n° 2445 du 27 novembre au jeudi 3 décembre un  communiqué de Mohammed Karat, président du centre islamique de Villeneuve d’Ascq, sans apporter à ce communiqué un début d’analyse critique :

La communauté musulmane s’est sentie trahie parce que ce crime abject a été perpétré au nom de l’islam, religion d’amour et de paix. La communauté musulmane s’est sentie trahie parce que cette horreur a été commise au nom du message miséricordieux du prophète Mohammed …  Notre condamnation puise sa source dans les principes humanistes défendus par la lettre et par l’esprit du saint coran dans lequel Dieu dit : « Celui qui tue un être humain, c’est comme s’il tuait toute l’humanité « . Une attaque terroriste n’est pas sélective et tout le monde y passe. Ainsi, l’attaque perpétrée le 13 novembre 2015 à Paris a visé des citoyens français indépendamment de leur confession, indépendamment de leur couleur et indépendamment de leurs opinions politiques. Le sang des musulmans victimes de cet attentat s’est mêlé à celui de leurs concitoyens. C’est ainsi que la France tout entière a été visée et attaquée.

Son communiqué est vrai dans le contexte coranique mais mensonger dans celui de notre culture car les mots « humanité, Paix, Amour, Miséricorde » ont une portée beaucoup plus restrictive dans le coran que dans notre civilisation fondée sur le christianisme. Je vais essayer de le montrer ci-après en me référant à l’ouvrage du Père Guy Pagès « Interroger l’islam, 1235 questions à poser aux musulmans ! » que je vous conseille de lire pour dialoguer avec les musulmans car il traite chaque question en allant jusqu’à l’essence de l’islam tout en le mettant en rapport avec le christianisme.

On peut déjà noter par une lecture attentive du communiqué qu’il condamne l’attentat parce qu’il vise n’importe qui et n’est donc pas sélectif : «Une attaque terroriste n’est pas sélective et tout le monde y passe ». Il déplore que le sang des musulmans ait été versé : « Le sang des musulmans victimes de cet attentat s’est mêlé à celui de leurs concitoyens ». Il termine par une généralité : « C’est ainsi que la France tout(e?) entière a été visée et attaquée » avec ce sous-entendu que l’on devine : même les musulmans. Ce qui est déjà contestable car il y avait très peu de musulmans à cette heure sur les lieux de l’attentat et peut-être même aucun musulman pratiquant comme probablement aussi aucun chrétien pratiquant. C’est un attentat contre la jeunesse occidentale se rendant à une salle de concert appartenant à un juif, voilà les faits.

Dans le point central de son communiqué « Celui qui tue un être humain, c’est comme s’il tuait toute l’humanité« , Monsieur Karat s’est référé au verset 5.32 du coran « C’est pourquoi nous avons prescrit aux fils d’Israël que quiconque tuerait une personne qui n’a pas elle-même tué ni répandu la corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les humains. »

Mais que sont les humains dans le coran ?

Dans son livre chapitre III « Au sujet de l’homme » paragraphes S2 et S3, le père Pagès écrit :

Alors que les droits de l’homme sont inhérents à la nature humaine et ne dépendent pas de la foi chrétienne (Antigone, cinq siècles avant Jésus le disait déjà), en islam, au contraire la personne n’est considéré sujette de droits que sil elle est musulmane, car « l’islam fait partie de la nature de l’homme » (Coran, sourate30 verset 30). Ainsi l’article 10 de la Déclaration universelle des droits de l’homme dans l’islam promulguée en 1990 au Caire par l’organisation de la conférence islamique, stipule : « L’islam est la religion naturelle de l’homme ». Ce qui implique qu’appartenir ou se convertir à une autre religion est contre-nature, pervers, et doit donc être légitimement combattu. L’islam ne connaît pas la « Loi naturelle », participation qui donne de coopérer de façon consciente, libre et donc responsable, aux desseins merveilleux de la Providence. La seule loi que connaît l’islam est la charia. Ainsi, cette même Déclaration précise : « Tous les droits et toutes les libertés dont parle ce document dont subordonnés aux dispositions de la charia (Art. 29) ; et la formule «à moins que la charia n’en dispose autrement » ponctue la fin de nombre d’articles. Lorsque les nations occidentales acceptent sur leurs propres territoires des dérogations, des dispositions particulières, des aménagements ou même que des tribunaux siègent au nom de la charia, font-elles preuve de tolérance et d’humanisme comme elles voudraient s’en convaincre, ou bien consacrent-elles la négation des principes universels des droits de l’homme qu’elles prétendent par ailleurs défendre et promouvoir ?

Puisque Allah a créé des Musulmans et des mécréants (Coran 74.31), des hommes pour son Paradis et d’autres pour l’Enfer (7.179 et 186), des hommes libres et des esclaves (16.71 ; 30.28), la différence de traitement et l’injustice entre les hommes a son fondement, intangible, et sa justification, absolue, dans la volonté d’Allah (16.71). De plus non seulement Allah avoue commettre des crimes, mais encore absoudre par avance ceux des Musulmans : « Dis : « On ne vous demandera pas [compte] des crimes que nous avons commis et on ne nous demandera pas [compte] de ce que vous faites. » » (34.25). Comment un Musulman pourrait-il avoir un problème de conscience à maltraiter un non-Musulman puisque ce dernier est de toute façon déjà condamné par Allah à l’Enfer (9.113 ; 10.7-8,27 ; 11.17) ?

Note personnelle : l’Eglise énonce que « l’homme est créé à l’image et à la ressemblance » du Créateur. Pour forcer l’appartenance à l’islam, le coran dit : « la croyance en Allah fait partie de la nature de l’homme », donc seuls les hommes qui croient au Dieu des musulmans sont pleinement homme :

Consacre-toi à la religion, en monothéiste sincère ! C’est Dieu qui a voulu que cette croyance fût inhérente à la nature de l’homme. Et l’ordre établi par Dieu ne saurait être modifié. Telle est la religion de la rectitude, mais la plupart des hommes n’en savent rien. (30,30)

Dans la même logique en islam Allah a créé des Musulmans et des mécréants : « C’est ainsi qu’Allah égare qui Il veut et guide qui Il veut » (74.31), ce qui montre une supériorité voulue par Allah entre le musulman et les non-musulmans comparés indistinctement à des bestiaux (7.179). Au contraire dans le christianisme, c’est l’homme qui participe à sa propre chute, Jésus-Christ est venu relever tout homme tout en respectant la liberté de l’homme, donc tout homme est appelé par nature par le Dieu des chrétiens. Paragraphe 1700, catéchisme de l’église Catholique :

La dignité de la personne humaine s’enracine dans sa création à l’image et à la ressemblance de Dieu ; elle s’accomplit dans sa vocation à la béatitude divine. Il appartient à l’être humain de se porter librement à cet achèvement. Par ses actes délibérés, la personne humaine se conforme ou non, au bien promis par Dieu et attesté par la conscience morale. Les êtres humains s’édifient eux-mêmes et grandissent de l’intérieur : ils font de toute leur vie sensible et spirituelle un matériau de leur croissance. Avec l’aide de la grâce ils grandissent dans la vertu, évitent le péché et s’ils l’ont commis, s’en remettent comme l’enfant prodigue (Luc 15,11-31) à la miséricorde de notre Père des cieux. Ils accèdent ainsi à la perfection de la charité.

Ainsi, dans le christianisme, si un homme n’est pas croyant ou ne prie pas, en se référant à la parabole des talents  des évangiles , nous dirons qu’il gaspille ses talents et se coupe de la volonté divine, mais il en restera pleinement homme appelé continuellement par Dieu à accepter son Amour. Les Chrétiens prient pour que le défunt accepte l’Amour rédempteur du Christ pour aller au Paradis. En islam, les non-musulmans n’iront pas au Paradis.

Nous voyons donc que le concept d’humain n’a pas du tout le même sens, il en sera de même pour les notions de paix, d’amour et de miséricorde qui ont une portée très restrictives et ne s’adressent qu’aux musulmans. Avec comme effet pervers, une course à l’imitation de Mahomet qui engendre des groupes qui se revendiquent toujours plus proche de sa doctrine et trouvent justification dans sa vie et le coran pour commettre des crimes face à des musulmans jugés plus modérés donc tièdes et infidèles ; l’histoire de l’islam démontre cette spirale infernale. Le « message miséricordieux du prophète Mohammed » n’est pas très miséricordieux si l’on s’en réfère à sa vie selon la tradition islamique transmise par la Sira (Biographie de Mohammed, écrite au 8 et 9ième siècle.

En cohérence avec cette idéologie, le coran commande la guerre aux hommes « qui ne sont pas vraiment des hommes » :

« Faites la guerre à ceux qui ne croient point en Allah ni au jour dernier, qui ne regardent point comme défendu ce qu’Allah ni au jour dernier, qui ne regardent point comme défendu ce qu’Allah et son apôtre ont défendu et à ceux d’entre les hommes des Ecritures qui ne professent pas la vraie religion. Faites-leur la guerre jusqu’à ce qu’ils payent le tribut de leurs propres mains dans l’humiliation.» (9.29)

Les « hommes des Ecritures qui ne professent pas la vraie religion » désignent évidemment les juifs et les chrétiens qui ne veulent pas se convertir à l’islam, et par la suite des musulmans d’autres confessions jugés infidèles.

Pour terminer l’étude du verset 5.32 ayant inspiré le président du centre islamique de V. d’Ascq dans le Nord, voici ce qu’écrit le Père Pagès dans son livre paragraphe U 26 :

« C’est pourquoi nous avons prescrit aux fils d’Israël que quiconque tuerait une personne qui n’a pas elle-même tué ni répandu la corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les humains. »
Ce verset, souvent cité pour faire accroître à « l’humanité » du Coran, reprend un enseignement rabbinique sur l’interdiction du meurtre entre juifs : « Celui qui tue une âme d’Israël, c’est comme si il avait tout un monde. » (Talmud de Babylone, Traité Sanhédrin, IV, 37a, Verdier, 1982, p.1024). Loin de reconnaître l’universalité de la nature humaine et de promouvoir le respect de tout homme, ce verset les restreint lui aussi aux dimensions du groupe en excluant quiconque se sera rendu coupable de « corruption », c’est-à-dire sera suspect … d’insoumission à l’ordre islamique. Ce verset ne nie donc pas le devoir de tuer les non-musulmans, coupable de la pire violence qui soit : celle de ne pas vouloir être musulman (4.89 ; 5.33,37 ; 9.3-6,14,29,36). Et le coran ne requiert pas même pour justifier leur massacre que les « coupables » aient conscience de leur crime (2.6,9,12 ; 9.30). A l’inverse, celui qui laisse en vie un tel coupable, n’est-ce pas comme s’il corrompait toute la terre ?