Ce que dit vraiment l’histoire de l’islam – partie 1

Cet article retranscrit intégralement un entretien radiophonique tant il est très instructif d’Olaf et de Leila Qadr interrogés sur l’islam par l’abbé Guillaume de Tanouärn. En lisant, vous comprendrez les origines de l’islam et sa formation, pourquoi les musulmans ne boivent pas de vin mais pourront en boire au paradis, quelles sont les différences entre le messianisme musulman et le messianisme chrétien, ceci permet de comprendre certaines de leurs réflexions comme « l’islam est la vraie religion, la preuve est qu’elle a conquis rapidement des empires et développé une grande civilisation ». Vous comprendrez pourquoi les musulmans se battent entre eux dès les origines au nom de leur foi. Ceci permet aussi d’éclaircir en partie la lecture du coran en le resituant dans son contexte d’origine.

Pour le dialogue ci-dessous, G désigne l’intervention de Guillaume de Tanouärn , O de Olaf et L de Leila Qadr.

G : Chers amis bonjour, bienvenu au Libre Journal de Chrétienté, cette émission portera exclusivement sur un seul thème. Le gros avantage de Radio Courtoisie, c’est qu’elle donne le temps à ses intervenants, les intervenants ont pleinement la liberté d’exposer leurs idées, leurs thèses, leurs analyses, leurs recherches. Cette fois j’ai voulu choisir un thème fondamental pour notre avenir à tous qui est celui des origines de l’islam. Thème que nous aborderons, non pas en faisant confiance à la légende comme souvent les orientalistes ont fait confiance à la légende musulmane, thème que nous aborderons du point de vue de la science et de ce que nous pouvons savoir scientifiquement du coran, de la vie de Mahomet et des premiers siècles de l’histoire de l’islam. Ce thème est fondamental pourquoi ? Parce que pour un musulman, le coran apparaît avant tout comme un livre divin, on peut dire par rapport à nous chrétiens qui croyons en la divinité du Christ, qui croyons que Jésus est vrai homme et vrai Dieu, on peut dire que les musulmans croient en quelque sorte en la divinité du coran. Pour eux le coran est un livre incréé (Note personnelle : selon la tradition musulmane qui date de l’an 1019 sous le calife Al Qadir et qui ferme toute recherche sur le coran), c’est l’expression qu’ils utilisent mais qu’est-ce qui est incréé sinon le créateur ? Un livre incréé qui porte une parole que l’on ne peut évidemment pas critiquer puisque c’est la parole même de dieu. Pour un chrétien, la bible est inspirée mais chaque auteur a son tempérament, ses limites et sa manière de s’exprimer. S’il y a quatre évangiles, je prends juste cette exemple très simple, même si nous avons l’expression « parole d’évangile », n’empêche la Parole de l’Evangile est une parole libre sur laquelle on peut réfléchir ne serait-ce qu’en la mettant en perspective avec les textes parallèles des trois évangiles (synoptiques). Donc cette parole libre et librement interprétable, elle a subi évidemment l’assaut de la Science avec un grand S du scientisme et des scientistes qui sont souvent plus petits que la science elle-même, et finalement en deux siècles d’histoire critique, on peut dire que notre Evangile ne s’en tire pas si mal et que son évidence demeure pour tous ceux qui acceptent de lire, je dirai seulement de le lire. Il faudrait que le Coran subisse la même épreuve du feu parce qu’il ne l’a pas subi parce que la plupart des orientalistes s’exprimant à son sujet n’osent pas remettre en cause la légende musulmane. J’ai en face de moi deux personnes qui chacun avec ses talents et sa puissance de travail ont été capables de remettre en cause la légende musulmane sur le coran pour dire ce que scientifiquement on pouvait savoir de ce livre sacré et de ce livre soi-disant incréé. Ce livre incréé dont on s’aperçoit qu’il a des sources et une histoire, et qu’il y a des corans modifiés dont on peut encore lire sur les textes des parchemins les modifications. Tout cela est très important beaucoup plus que les musulmans qui nous écoutent que pour les chrétiens parce que cela permet de relativiser la parole divine et si on la relativise d’essayer enfin de la comprendre, en essayant de comprendre ce qu’on lit.

Ces deux personnes que j’ai en face de moi, je vous les présente, honneur aux dames, Leila Qadr, vous êtes doctorantes, vous préparez une thèse sur l’alliance dans le coran, mais vous avez beaucoup travaillé sur la question des sources coraniques.

L : Les sources du Coran qui sont en intertextualité avec le sous-textes biblique, donc il y a quelques Guillaume Dye qui travaille sur le sujet et des publications récentes sont disponibles actuellement.

G : Donc vous nous donnerez des exemples de citations ou même, c’est encore plus flagrant, d’erreurs de citations au passage d’une langue à une autre, etc. , vous verrez chers amis auditeurs que c’est tout à fait passionnant, en quand vous sortirez de là, vous vous direz effectivement le coran est un livre comme les autres qui a des sources, qui a des origines, qui a une rédaction difficile qui a pris du temps. Et j’ai en face de moi Olaf qui est bien connu des auditeurs de radio Courtoisie pour son petit ouvrage, Olaf a écrit le grand secret de l’islam. Il a véritablement le don pour démocratiser les auteurs qu’il lit et pour les rendre accessibles. Il a un don de vulgarisateur qui est tout à fait remarquable. Nous avons ensemble trois heures, trois heures pour une approche précise d’un sujet qui est culturellement essentiel. Il faut que beaucoup de gens comme vous ait le courage d’aborder le coran d’une manière scientifique. Comme dit Aristote le commencement est plus de la moitié du tout, vous avez fait plus de la moitié du travail, mais il faut encore que beaucoup se lèvent et qu’on fasse connaître aussi des travaux de chercheurs qui sont ensevelis sous leurs recherches. Je pense à cet Allemand Luxenberg qui est un chercheur extrêmement pointu (Note personnelle : voir cet article du père Gallez « Une lecture araméenne du Coran confirmé par le Truc » http://www.lemessieetsonprophete.com/annexes/Luxenberg_s19-24_turc.PDF )

O : Oui, il est moyen-oriental, mais il travaille en Allemagne, il a publié en Allemand.

L : Et ça a été traduit en anglais, il y a une traduction récente en Anglais.

G : vous pouvez citer d’autres noms de chercheurs.

O : Oui le père Edouard-Marie Gallez qui a publié une thèse assez monumentale le messie et son prophète en 2004 dans la collection Studia Arabica (1), lui-même ne fait qu’une forme de synthèse de l’ensemble de l’islamologie scientifique qui s’est développé depuis la fin du 19ième siècle. En particulier on peut retenir Patricia Crone qui a fait un énorme travail sur la Mecque, sur la tradition musulmane elle-même, sur la croyance qu’était celle des proto-musulmans de Mahomet, pourquoi est-ce qu’ils sont allés à Jérusalem par exemple. On peut penser à Manfred Kropp qui est un allemand de … j’ai oublié l’endroit où il était (Note personnelle : de Ludwigshafen)  il a travaillé sur la langue.

L : sur l’araméen notamment parce qu’il y a beaucoup de problèmes par rapport aux traductions du Coran, il met en évidence que ce sont au niveau des traductions que se construit le dogme islamique parce que les scribes et les penseurs qui ont écrit le Coran était de langue maternelle araméenne. Donc ils écrivaient, ils pensaient en araméen tout en utilisant le script de l’arabe.

G : Donc vous nous montrerez des mauvaises traductions de l’araméen à l’arabe qui prouve que l’arabe du coran peut-être une traduction de l’araméen.

L : Voilà, il montre Manfred Kropp que beaucoup d’inscriptions notamment au dogme du rocher peuvent être lues autrement que selon la tradition islamique qui y voit une apologie de Mahomet, lui il voit une apologie de Jésus.

G : Qu’est-ce qu’il faut penser d’un penseur comme Alfred de Prémare par exemple ?

O : C’est lui qu’il faut réciter après Patricia Krone au titre des premières sources que sont celles du père Gallez. C’était un homme remarquable, un grand arabisant, très grand connaisseur du sujet et qui a contribué à mettre au jour des témoignages contemporains de la conquête Arabe non arabes ou plutôt non musulmans. On se rend compte qu’il y a eu tout un travail de destruction par les califes eux-mêmes des témoignages historiques et religieux, c’est-à-dire des textes. On a affaire quand on considère l’histoire musulmane à une forme de trou noir quasiment d’une centaine d’année où on a très peu, très, très peu de documentation. Depuis une trentaine d’années, il y a un bouleversement dans le monde de la recherche, avec les nouvelles technologies, avec la mise en réseau des chercheurs, on retrouve beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses qui ont échappées à cette entreprise de destruction, ce que met en avant Alfred-Louis de Prémare dans un de ses livres « les fondations de l’islam », ce sont ces témoignages qui peuvent venir de coptes, de géorgiens, de chrétiens, de juifs et des témoignages archéologiques également qui nous donnent une toute autre image des débuts de l’islam que ce que la légende musulmane elle-même nous en dit. Laquelle légende au passage a été mise par écrit 200 ans au moins après les faits qu’elle décrits dans un contexte politique, culturel, religieux tout autre que celui du début du 7ième siècle.

Guillaume de Tanouärn : ça, c’est avant tout le travail d’Alfred de Prémare qui permet de l’établir.

O : Oui, il s’appuie sur d’autres chercheurs également, il y a Robert Hoyland qui a publié aux presses de Princeton, un énorme livre de 700 pages qui a fait la recension de quasiment tous ces témoignages. Alfred-Louis de Prémare en a retrouvé d’autres depuis. Le livre d’Alfred Louis Prémare « les fondations de l’islam » date de 2000 et Robert Hoyland c’est 97. Il y a une espèce d’accélérations car à partir du moment où on trouve ces témoignages, on peut commencer à construire des hypothèses nouvelles.

L : Il y a aussi le témoignage de la pierre, il y a aussi les épigraphes qui ramènent des informations très intéressantes. Il y a le dôme du rocher mais aussi les inscriptions, les graffitis que l’on retrouve en Arabie, en Jordanie et en Palestine. Des inscriptions qui montrent que l’islam a une autre histoire, c’est-à-dire que l’on ne parlera de Mahomet qu’à partir de 690, il n’y a aucun témoignage de ce qui s’est passé en 632 sur les graffitis.

G : On y reviendra si vous voulez, il y a un texte grec manuscrit qui parle de l’organisation d’une razzia faite sur Jérusalem avec à sa tête un guerrier arabe, ils sont reçus par l’évêque.

L : Je parlais non pas des manuscrits mais du témoignage de la pierre, le coran et l’islam de la pierre est très différent.

L : Frédéric Imbert a retrouvé en Syrie des loggias coraniques dans lesquelles il n’y a pas du tout allusion au prophète Mahomet mais des allusions et à Moïse et à Jésus, donc un tout autre islam.

G : Justement, on va entrer dans le vif du sujet, le vif du sujet c’est Mahomet, c’est le prophète et des sources que l’on a pour connaître sa vie, car il y a des textes sacrés musulmans autour de la vie de Mahomet, il y a la Sirah, il y a les hadiths, il y a aussi des gloses.

O : des commentaires, des récits historiques, là vous faites allusion à ce qu’on appelle la tradition musulmane jusqu’au Coran lui-même.

G : avec cette tentation du merveilleux, Mahomet qui monte au Ciel.

O : c’est une œuvre de théologie musulmane cette tradition, on se rend compte, et c’est à Patricia Krone que l’on doit ces analyses, que toute cette tradition n’a pas une vocation historique. Elle n’a pas vocation à raconter une histoire. Dans ce sens-là, elle se différencie beaucoup des évangiles par exemple qui ont entre autres une vocation historique.

G : tout à fait il suffit de lire le prologue de Saint Luc.

O : Ces traditions ont une vocation religieuse au sens de ce qu’est devenu l’islam comme religion, c’est-à-dire une vocation politique, normative. Il s’agit de fixer le droit, il s’agit de fixer ce que le calife peut faire, ce que les musulmans doivent faire, ce que les chrétiens doivent faire dans un empire musulman, ce que les juifs doivent faire. On se rend compte que toute cette tradition a obéi aux contraintes qui étaient celles du milieu dans lequel elle est apparue, 200 ans après les faits, on est dans un empire qui est devenu gigantesque qui s’étend de l’Espagne jusqu’à l’Asie centrale avec des peuples différents, des langues différentes, des religions différentes et un calife qui doit gérer tout çà au nom de Dieu, il tire son autorité de la religion, ils vont créer en quelque sorte par un processus qui dure plusieurs centaines d’années une religion qui répond sur mesure à leurs besoins. Dieu nous a choisi, il nous élevé au-dessus des autres pour gouverner le monde en son nom et sauver le monde aussi, on y reviendra un peu plus tard.

G : C’est cela la grande idée de l’islam originaire et que l’on retrouve curieusement chez nos guerriers de l’islam, chez nos djihadistes. Je pense à cette vidéo du tueur de Magnanville, c’est un couple de policiers qui a fait les frais du Djihad. Le tueur a eu le temps de s’enregistrer et d’enregistrer une sorte de prêche d’une quinzaine de minutes chez ses victimes. On a l’impression effectivement que son djihad sauve le monde.

O : Dans ce sens-là c’est une mise en perspective très intéressante, c’est-à-dire que le travail qui est fait sur l’islam actuellement, il peut intéresser les érudits, ce qui s’intéressent à l’histoire. Mais il est brûlant et urgent parce qu’il pose au monde les questions qu’on ne veut pas poser, il pose les questions du sens de l’histoire, il pose les questions du mal, pourquoi est-ce que le monde est livré au mal, il pose des questions de fond que notre société préfère éviter et que beaucoup de chrétiens aussi préfèrent ne pas considérer. Et derrière si on n’est pas en mesure de formuler des réponses à ces questions, les djihadistes finiront par gagner car ils ont, eux, le sens de l’histoire avec eux.

G : S’il n’y a pas de concurrence, ce monopole risque fort d’être sinistre.

O : exactement, d’où l’intérêt du travail historique qui permet de comprendre comment cette vision d’un sens de l’histoire est apparue, comment elle s’est déployée, comment elle a évolué, qui est à l’origine de tout cela en fait.

G : Alors voilà c’est vous qui posez la question et c’est la question que l’on va essayer de se poser avec leila Qadr et vous Olaf. D’abord quels sont les premiers textes et d’où viennent-ils ? est-ce que c’est l’ange Gabriel qui les a révélés à Mahomet, un chamelier qui avait épousé une riche veuve juive, Khadîdja. Est-ce qu’on a les moyens de vérifier quelque chose de cette approche biographique ?

O : Permettez-moi d’abord d’interroger les présupposés de votre question. Le présupposé est que l’islam viendrait d’un texte en lui-même. Mais si on regarde ce qui s’est passé dans l’histoire, on n’a pas de coran avant assez longtemps en fait. Je pense à un témoignage qui date de 642.

G : 642, Pour les auditeurs la date pivot qui est le commencement de l’ère de l’islam c’est 622, c’est l’hégire.

O : L’hégire en 622 selon la tradition musulmane, mais on peut y trouver derrière un fond historique. L’hégire en 622 serait le départ de Mahomet depuis la ville légendaire de la Mecque où il aurait été persécuté vers la ville de Médine où il trouve refuge auprès de juifs dit rabbiniques, et à partir de là il organise une armée qui part petit à petit à la reconquête de la Mecque puis du monde entier. Là on est une fois de plus dans la légende même s’il y a un fond de vérité derrière, on va y revenir. Mais si je parlais de 642, c’est qu’il s’y passe un évènement intéressant dont on a une trace actuellement et une trace qui a échappé à l’entreprise de destruction des documents historiques opérés par les califes, c’est une controverse, une disputatio, un premier exemple de dialogue islamo-chrétien qui a eu lieu entre le patriarche de Damas, Mar Jean et le commandant militaire arabe de Damas et dans cette controverse, l’émir de Damas vient houspiller le patriarche sur les questions religieuses : comment est-ce que Jésus peut-être Dieu, et Jésus quand il était dans le ventre de Marie, qui est-ce qui commandait au ciel et à la terre et le patriarche  répond. Dans cette controverse, il n’est pas question de prophète, il n’est pas question de Mahomet, il n’est pas question de révélation, il n’est pas question de coran. On se rend compte que ces arabes qui ont déferlé sur le monde à partir de 622, plutôt dans les années 630, ils n’étaient pas encore musulmans dans le sens où on les voit aujourd’hui. Ils n’étaient d’ailleurs pas vu comme des musulmans par leurs contemporains. On les appelait fils d’Ismaël, les magrayés, on les appelait aussi les émigrés, ce qui ont fait l’hégire, les mouhajirouns, l’hégire veut dire émigration. Ils étaient vus comme des sortes de chrétiens puisqu’ils croyaient en Jésus. Et ils n’ont pas cherchés dans un premier temps à se distinguer des autres réellement autrement que par le statut politique et le fait qu’ils étaient des soldats qui commandaient aux autres. D’un point de vue religieux, on a des témoignages qui nous disent qu’il n’y avait pas d’entreprise de conversion et que les juifs, les chrétiens et les arabes étaient traités à peu près de la même façon. Jean Bar Penkayé disait cela à la fin du 7ième siècle, il  n’y a pas de différence de traitement entre les juifs et les chrétiens :

L : « Parmi les magrayés, il y a beaucoup de chrétiens, certains sont hérétiques, d’autres pas. », c’est ce qu’il dit.

G : Magrayé qui  signifie ?

L : Magrayé est un mot d’origine araméenne comme l’équivalent de mouhajiroun en arabe, ce qui ont fait l’hégire, et c’est comme ça qu’ils s’appelaient eux-mêmes. On les appelait aussi sarrassen, ceux qui vivent sous la tente. Ce qui ont fait l’hégire, ce sont les émigrés en fait. On se rend compte quand on considère tous ces différents témoignages d’époque qu’on n’a pas encore affaire à des musulmans. Pourtant quand on regarde le coran, c’est un des matériaux les plus intéressants pour les chercheurs, on se rend compte que s’y déploie une pensée nouvelle, ou du moins une pensée qui n’a pas vraiment beaucoup laissé d’autres traces dans l’histoire que dans celle que l’on voit dans le coran. On voit dans le coran s’y déployer une pensée qui est juive, le coran est pétri de référence assez savante à l’histoire juive, à la pensée juive, aux textes juifs et aux codex juifs.

G : on verra cela dans une deuxième partie de l’émission avec Leila Qadr.

G : Laissez-moi quand même préciser, quand je parle d’une pensée juive, il ne s’agit pas d’une pensée rabbinique, c’est une pensée d’un autre courant juif en fait, et un autre courant juif qu’on peut faire remonter aux premiers siècles, aux toutes premières générations de judéo-chrétiens.

G : ce sont des juifs auxquels le Christ a parlé et qui ne se sont pas vraiment convertis au Christ mais sont restés juifs ?

O : c’est difficile de le dire, on n’était pas sur place, qu’ils soient sortis de la communauté judéo-chrétienne, c’est fort probable, il y a une lettre de Saint Jean qui parle déjà d’hérétiques en disant « ils sont sortis de chez nous mais ils n’étaient pas des nôtres ». Mais ce dont on se rend compte c’est qu’ils ont été profondément transformés par les idées de Jésus et par la dénaturation qu’ils en ont faites. Ils ont à partir de là développer le premier projet messianiste politique global de l’histoire.

G : le messianisme est un courant de pensée dans le judaïsme qui précède Jésus.

O : Voilà il y a un messianisme préchrétien mais la venue de Jésus va cristalliser et transformer le messianisme.

G : A la fois Il exauce ce messianisme et à la fois il le contredit. Je vais prendre un exemple qui me frappe toujours beaucoup, au début des actes des apôtres, dans le récit de l’ascension, le Christ va monter au ciel, le moment est extrêmement solennel, ce sont les derniers moments qu’il passe avec ses apôtres qu’il a réunis avec lui. Et il y a quand même un apôtre anonyme, on ne précise pas qui, qui pose la question incroyable : Seigneur c’est maintenant que tu vas rétablir ta royauté en Israël, alors que cet apôtre a vu la passion du Christ, la résurrection du Christ, il attend encore un règne temporel du Christ. Alors même que le Christ est mort et ressuscité, c’est encore à un royaume terrestre qu’il pense cet apôtre.

O : Chrétiennement, on vous répondrait que la révélation chrétienne n’était pas encore terminée à ce moment-là. Il a fallu attendre la mort de Saint Jean pour qu’elle soit close. Et donc il y avait encore beaucoup de choses chez cet apôtre à rendre mâture.

G : Oui, il y avait une résistance des apôtres eux-mêmes par rapport à la parole du Christ.

O : cela rend compte également de ce que chez beaucoup de juifs, on attendait un messie non pas crucifié, souffrant, serviteur qui lave les pieds de ses disciples mais un messie politique, un messie roi, un nouveau roi David, quelqu’un qui viendrait restaurer la gloire d’Israël, lui assurer la suprématie sur ses ennemis, rétablir son indépendance. Effectivement, on peut le lire les textes chez Ezéchiel, chez Isaïe, on peut avoir cette lecture là des prophéties et elle semblait assez naturelle à beaucoup de juifs. Ce qui va changer avec Jésus c’est l’introduction de l’idée de Salut qui est une idée radicalement nouvelle à l’époque au premier siècle. On ne s’en rend plus compte aujourd’hui, on est né dedans, et qu’on soit chrétien ou pas chrétien après 2000 ans de christianisme. C’est cette idée que le monde n’est pas fatalement livré à l’emprise du mal, on l’a tous en nous. Cette idée que nous-même, on n’est pas forcément tenu par le mal qu’on a fait, elle est aussi en nous, elle s’exprime de diverses façons, il n’y a pas forcément besoin d’être chrétien pour la porter. Mais à l’époque du Christ, c’est une révolution, c’est-à-dire que le monde avant le Christ ne pensait pas comme le monde après le Christ ou du moins à mesure que ses idées se sont diffusées.

G : Alors ces judéo-chrétiens dont vous parlez, au fond, ce sont en quelque sorte les descendants de cet apôtre qui a posé cette question.

O : les contemporains

G : Ce sont des gens qui continuent à penser qu’il y a un royaume de dieu terrestre qui se prépare.

O : Il y a un royaume de dieu terrestre qui se prépare et ils mélangent à cette idée-là différentes conceptions juives à l’idée que le salut est arrivé dans le monde, à l’idée que Jésus comme il l’a promis va venir un jour délivrer complètement le monde de l’empire du mal lors de son retour, ce qu’il a promis.

G : Et il y aura mille ans de bonheur.

O : Oui alors après ça, il faudra attendre les différents textes.

G : C’est déjà dans l’apocalypse

O : oui, l’apocalypse ne date pas de l’ascension

G : oui mais tout ça est très lié.

O : le père Gallez qui a étudié tous ces phénomènes pense que la cristallisation de la pensée de ce groupe judéo-chrétien qu’il a appelé judéo-nazaréen à la suite d’autres chercheurs, elle date de sa séparation de la communauté judéo-chrétienne de Jérusalem au moment du siège de Jérusalem entre 66 et 70, la destruction du temple. Donc cela date même d’avant la composition de l’Apocalypse.

L : Et ce retour de Jésus est actuellement attendue dans l’eschatologie musulmane.

G : C’est très important que vous le disiez, moi je l’ai attendu dire par un chauffeur de taxi.

L : J’ai distribué des tracts à la communauté musulmane, ils m’ont pris à partie, ils m’ont dit vous savez, il va arriver un évènement merveilleux, Jésus va revenir, et vous les chrétiens, vous allez pleurer et cela va se passer à Damas. Et donc il y a un retour de Jésus qui est attendu actuellement.

G : Et la guerre sainte en Syrie n’y est pas pour rien, elle est liée à ces croyances.

O : oui elle est totalement liée à ces croyances.

L : Et même le « travail » de Daech va dans ce sens.

G : Je vous avoue, mon chauffeur de taxi m’avait juste dit « vous n’êtes pas journaliste », je lui ai dit que je suis prêtre en trichant un peu. Il dit « Il ne faut pas le dire aux journalistes mais il faudra d’abord exterminer les juifs ». Et ce sont des croyances populaires terribles.

L : et qui mobilisent. Il y a beaucoup de vidéos qui font rêver la communauté musulmane à partir de ce retour eschatologique de Jésus, Jésus musulman, qui va balayer, qui va faire le tri et qui va lutter contre l’antéchrist, lutter contre God et Magod. Toutes ces croyances eschatologues, même si elles ne sont pas dans le coran, elles sont très vivaces dans la conscience musulmane.

G : Ce qu’il faut bien que les auditeurs de radio courtoisie comprennent, c’est qu’il s’agit du noyau dur de l’islam, c’est l’origine de l’islam si je suis bien vos recherches, c’est vraiment l’origine de l’islam. Au départ quand j’avais lu, au moment où il est paru, le texte magistral du Père Gallez, j’avais l’impression que cette idée du jugement par Jésus revenu sur terre était une idée parmi d’autres dans l’islam et au fond d’après ce que vous dîtes, si le coran n’existe pas encore, s’il n’y a pas encore d’écrits, le noyau de la croyance musulmane c’est l’idée d’un retour du Christ à Jérusalem, c’est pour ça d’ailleurs qu’ils voulaient très vite prendre Jérusalem qui était la première cible.

O : Oui, c’est çà même si on saute à grande enjambée toutes les étapes qui amènent à la conquête de Jérusalem, effectivement certains témoignages contemporains à la période de Mahomet, ils le décrivent comme pouvant être plausiblement un prophète au sens juif. Qu’est-ce que c’est qu’un prophète au sens juif ? Quel prophète attendent les juifs qui n’ont pas reconnu le messie ? Ils attendent l’équivalent de Jean le Baptiste qui va venir désigner le messie. Et donc des juifs à l’époque de Mahomet se demandent : et le gars dans le désert là-bas, est-ce que ce ne serait pas le prophète qu’on attend, et pourquoi ils se le demandent, c’est parce que Mahomet annonce la venue du messie. Ça c’est un témoignage très intéressant et un témoignage d’époque.

G : Alors çà pour vous c’est l’origine de la prédication de Mahomet.

O : c’est un signe de la prédication du Mahomet de l’histoire. Le Mahomet de l’histoire annonce le retour du Christ.

G : Faisons un retour en arrière si je suis allé trop vite.

O : Il s’est en fait passé quelques siècles entre les deux et notamment on n’a pas détaillé ce qu’était la pensée eschatologique profonde, ce en quoi croyaient ces judéo-nazaréens.

G : Eschatologie est un gros mot pour les auditeurs, l’eschatologie est tout ce qui concerne les fins dernières, les moments ultimes de la vie humaine et de l’histoire du monde.

O : Voilà je vous le disais ce groupe de judéo-nazaréens a mélangé plusieurs idées, un peu comme une sorte de cocktail détonnant : des traditions juives que le messie serait politique, les idées chrétiennes comme quoi Jésus viendrait délivrer le monde entier du mal lors de son retour, et d’autres idées juives également comme quoi le mal serait assimilé à l’impureté, au non-respect de la loi, et derrière dans une certaine mesure au fait de ne pas être membre du peuple élu, de ne pas être un bon juif en quelque sorte. Et donc ces gens en mélangeant ces idées-là vont se dire Jésus va revenir sauver le monde du mal en exterminant tous ceux qui n’ont pas la bonne religion, en exterminant ou en soumettant tous ceux qui ne sont pas donc des très bons juifs. Et dans leur esprit à eux, les seuls très bons juifs sont ceux qui pensent comme eux bien sûr, ils se voient comme les seuls vrais juifs, les seuls vrais fils d’Israël et en même temps les seuls vrais disciples du messie Jésus qu’ils reconnaissent comme tel.

G : donc pour vous à l’origine de l’islam si je vous comprends bien, il y a un groupe de juifs, vous revenez sur les travaux d’Anna Zacharias par exemple dans les années 50.

O : Oui Anna Zacharias, il envisageait que Mahomet  ait pu être enseigné par un rabbin à la Mecque ; effectivement quand on ouvre le coran, on y voit les signes d’une culture juive assez profonde, mais ce dont on se rend compte aujourd’hui, alors déjà sur le statut de la Mecque à l’époque de Mahomet, il y a beaucoup d’eau qui a coulé sous les ponts depuis Anna Zacharias, on se rend compte que cette ville n’existait pas à l’époque de Mahomet, on y reviendra dans la suite du développement. Ensuite ce qu’on lit quand on fait une exégèse assez sérieuse du texte coranique c’est que la pensée juive qui s’y exprime n’est pas rabbinique, il ne s’agit pas d’un rabbin de la Mecque, il s’agit de quelque chose qui n’existe plus aujourd’hui, un autre courant du judaïsme qui a disparu.

G : alors est-ce qu’il peut y avoir un rapport avec celui que l’on repère dans l’histoire de Mahomet qui s’appelle Waraqua et qui est le prêtre qui aurait marié Mahomet et Kadija.

O : ce prêtre-là est décrit par les traditions musulmanes comme étant un nazaréen. Alors le commentaire musulman veut nous faire croire que nazaréen est égal à chrétiens. Et de fait aujourd’hui les chrétiens sont appelés nazaréens par les musulmans, c’est le fameux « noun » de Nazara qui a marqué les portes des chrétiens qui ont été déportés il y a deux ans. Oui ce prêtre Waraqua est dans la tradition musulmane on va dire la rémanence, car c’est difficile de dire qu’il a eu une existence historique, on a que la tradition musulmane pour nous en parler. Tout ce qu’on peut dire à partir de cette tradition là c’est que cette figure de Waraqua nous dit que dans l’entourage du Mahomet de l’histoire il y avait des nazaréens et des nazaréens très proches de lui, comme vous dîtes c’était même le cousin de sa femme Khadija dans la tradition. Donc on peut même se demander si le Mahomet en question n’a pas été initié dans le nazaréisme judéo-nazaréen, baptisé certainement, il participait peut-être même à des eucharisties avec ces gens.

G : Oui parce ce que s’il y a mariage, il y a aussi les autres sacrements qui peuvent se profiler. Cela pourrait laisser penser que Mahomet a été baptisé alors.

O : Il y a des pères d e l’église qui dénonçaient que les ébionites qui est l’autre nom que l’on a donné aux judéo-nazaréens dans l’histoire, célébraient des eucharisties avec de l’eau.  Et cela nous renvoie ça à l’islam lui-même, c’est-à-dire que la parole de Jésus disant qu’il ne boirait plus du fruit de la vigne avant son retour dans la gloire.

G : Oui, jusqu’à ce que je le boive nouveau dans le royaume de mon père. (Note perso Marc : je ne boirai plus jamais du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai nouveau dans le royaume de Dieu. Mat : je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où j’en boirai du nouveau avec vous dans le royaume de mon Père. Luc : je ne boirai plus désormais du fruit de la vigne, jusqu’à ce que le royaume de Dieu soit venu.)

O : Cette parole-là, elle a été interprétée par ces judéo-nazaréens comme quoi il ne faudrait plus boire de vin avant que le Christ ne revienne. Et donc ils célébraient des eucharisties à l’eau, ce qui est dénoncé avec véhémence par des pères de l’église. Et qu’est-ce qu’on voit dans l’islam une interdiction du vin jusqu’à la fin des temps. Et à la fin des temps, on meure, on va au paradis et là on boit du vin. Et ce qu’on comprend aussi quand on étudie l’islam, c’est qu’il y a eu toute une recomposition de cette espérance des judéo-nazaréens que Jésus allait revenir pour sauver le monde. Comme Jésus n’est pas revenu, il a fallu recomposer, retravailler la religion et on a renvoyé le retour de Jésus qui aurait dû arriver incessamment sous peu à la fin des temps et donc le vin qu’on devait boire et bien il faudra attendre la fin des temps pour le boire à nouveau.

G : Alors revenons à la question que je vous ai posé initialement et qui en impliquait beaucoup d’autres et que nous avons essayé de dérouler un certain nombre de questions dans la question. Mais revenons peut-être si vous voulez bien à ce que nous savons aujourd’hui véritablement de la personnalité de Mahomet. Comment est-ce que vous pourriez résumer pour les auditeurs de radio courtoisie ce que nous savons de façon sûre de Mahomet.

O : cela va être très très bref, on sait très peu de choses.

L : Sa biographie a été écrite en 932 d’après une biographie perdue du 7ième siècle.

O : 840 quelque chose comme çà

L : Tabari c’est 932.

O : Oui, Tabari n’est pas le biographe de Mahomet, Tabari écrit la chronique des prophètes et des rois. Les documents sur lesquelles on base la connaissance habituelle que l’on va retrouver comme dans les livres d’histoire du collège par exemple, ce sont les documents de la tradition musulmane eux-mêmes. Et la première mise par écrit d’une biographie qui nous soit parvenue c’est celle de Ibn Hichâm qui écrit au 9ième siècle qui dit se fonder sur la biographie d’un certain Ibn Ishaq qui lui aurait écrit un siècle avant, mais cette biographie de Ibn Ishaq ne nous est jamais parvenue autrement que par la recension et la correction qu’en fait le deuxième biographe. Et donc on a affaire avec ce récit que l’on appelle la Sîrah à quelque chose de très particulier puisque que le document date de 200 ans après les faits dans un contexte comme je l’ai rappelé tout à l’heure où on a détruit tous les documents religieux, tout ce qui pouvait contenir des informations entre temps, et donc quel crédit, quelle confiance on peut faire à cette Sîrah ? D’autant qu’elle détaille des faits qui aux yeux des occidentaux sont complètement invraisemblables. On peut parler du voyage nocturne qui voit Mahomet partir à dos de cheval ailé depuis la Mecque jusqu’à Jérusalem en une nuit, et puis de là s’envoler au ciel et contempler le coran céleste. On est dans la mythologie, et ce genre de miracle, on n’en a jamais vu se produire. Les miracles de guérison par exemple, il en existe de nos jours (note personnelle : surtout Mahomet fait un voyage dans le temps en allant à la mosquée Al-Aqsa qui a été construite bien plus tard, ce qui renforce le côté invraisemblable de ce récit du coran S17/V1 qui cite une mosquée qui n’existait pas lors de sa rédaction censée être terminée en 632), mais des miracles de cheval ailé il n’y en a pas. Peut-être que c’était métaphorique mais ce n’est pas comme ça que le prennent les musulmans. On a donc de sérieuses critiques à émettre quant à l’authenticité de ce document la Sîrah, on peut par le travail historique et la critique en tirer des choses, mais on en tire des choses parce que l’on a retrouvé des documents sur le Mahomet historique et des documents contemporains auxquels on peut faire bien d’avantage confiance. On a parlé tout à l’heure d’Alfred-Louis de Prémare, de Robert Hoyland qui en ont fait des recensions. Et donc qu’est-ce qu’on peut dire du Mahomet de l’histoire, on peut dire qu’il était marchand, qu’il a été chef de guerre, qu’il a été prédicateur, qu’il prêchait le retour imminent du messie Jésus à Jérusalem.

L : et la fin des temps

O : Et la fin des temps à partir de là, on peut dire qu’il s’adressait à des arabes chrétiens et non pas à des arabes polythéistes, ça on a des témoignages qui nous le disent et puis après la lecture du Coran nous le fait comprendre également. On peut dire également et ça c’est dans la chronique du Pseudo-Sébéos qui date de 670 je crois à peu près (Note perso http://remacle.org/bloodwolf/historiens/sebeos/heraclius.htm#_ftnref320 ) qui se rapporte à des évènements qui se seraient passés à Médine que dans la harangue dans le prêche de Mahomet à ces arabes chrétiens, il leur explique que l’élection divine du peuple d’Israël s’étend à eux en temps qu’ils sont fils d’Ismaël et donc cousins des juifs fils d’Isaac, cousins par Abraham en quelque sorte, et que de ce fait la terre promise leur est promise également et qu’il faut qu’ils aillent s’en emparer. Et il les exhorte en fait à partir à la conquête.

G : ça c’est un texte de la fin du 7ième siècle.

O : fin du 7ième siècle, c’est la chronique dite du Pseudo-Sébéos, un évêque Arménien qui nous rapporte une prédication de Mahomet à Médine (non à la Mecque) et qui est très étonnante parce que cette prédication ne va pas du tout dans le sens des traditions musulmanes, des Hadiths, de la Sîrah, Mahomet est censé quasiment donner une nouvelle religion même si les musulmans nous expliquent que c’est la religion primordiale qui a été perdue, que les hommes ont été rappelés à l’ordre par différents prophètes au fil de l’histoire.

G : oui l’idée de rappel

O : Normalement, ce ne devrait être qu’un rappel mais c’est quand même l’ultime révélation, le sceau de la prophétie selon l’islam. Ce dont on se rend compte c’est qu’historiquement le Mahomet de l’histoire ne prêchait pas l’islam, il prêchait autre chose. Il y avait dans cet autre chose le courant majeur de pensée qu’on retrouve dans l’islam et que l’on va détailler, ce fameux messianisme politique global, mais on voit que toutes les espérances étaient tendues vers la conquête de la terre sainte et en particulier de Jérusalem. Et pourquoi ? et là on va en revenir à nos judéo-nazaréens parce qu’il s’agissait d’y reconstruire le temple, le temple des juifs, donc le temple des arabes parce qu’ils sont cousins par Abraham.

G : et alors ce temple est aujourd’hui reconstruit, enfin à travers la mosquée d’Omar justement.

O : Alors vous l’appelez mosquée d’Omar c’est intéressant, déjà et d’une ce n’est pas une mosquée, contrairement à toutes les autres mosquées, elle n’a pas de qibla.

L : Qibla est la direction dans laquelle on se dirige pour prier.

G : Elle n’est pas orientée vers la Mecque

O : ni vers quoi que ce soit

L : et puis il y a un déambulatoire à l’intérieur et elle est faite sur le plan d’une église chrétienne (de forme octogonale) qui existait au 5ième siècle en Palestine, l’église du Kathisma dans la banlieue de Jérusalem.

O : Le dôme du rocher qu’on contemple n’est pas le temple qui a été reconstruit lors de la conquête de Jérusalem par les arabes.

G : Donc mosquée d’Omar et dôme du rocher ?

O : Alors vous allez voir, on l’appelle mosquée d’Omar et il y a beaucoup de commentateurs ou d’islamologues qui ne comprennent pas pourquoi, parce que ce qu’on appelle mosquée d’Omar aujourd’hui qui a pris ce surnom, c’est le dôme du rocher qui a été construit non pas par Omar mais par Abd Al-Malik. Alors une autre mosquée existe à Jérusalem qui s’appelle mosquée d’Omar, ce qui permet de dire aux grincheux, mais non il existe bien une mosquée d’Omar. Mais dans les faits quand Omar le successeur de Mahomet, Mahomet étant mort, on ne sait pas très bien, d’après les calculs de la tradition musulmane, à 632. On a des témoignages qui nous disent qu’il aurait commandé ses troupes à la bataille de gaza en 634. En tout cas il meure dans les années 630, ce sont ses successeurs et l’un d’eux en particulier Omar qui assumant le commandement des troupes arabes prend la ville de Jérusalem par un traité avec l’évêque de Jérusalem Sophrone qui finit par ouvrir les portes après un siège. Comme quoi les musulmans, plutôt à l’époque les proto-musulmans, n’étaient pas vu comme des hérétiques absolus. Et par des témoignages d’époque et plus que contemporain, on sait que les conquérants arabes se sont précipités guidés par des juifs qui les accompagnaient, les fameux judéo-nazaréens, à l’esplanade du temple, laquelle était à l’époque couverte des débris des siècles passés, des ruines du temple romain qu’avaient construit les romains quand ils avaient rasé Jérusalem, créé Ælia Capitolina et transformé la ville. Elle servait de dépotoir l’esplanade du temple. Donc ils déblaient l’esplanade et reconstruisent un temple (de forme cubique).

G : Temple qui est l’actuel mosquée d’Omar

O : non attendez, il y a eu un tremblement de terre en 661. Le temple en question existait encore en 670, un pèlerin franc Arculfe de la région de Bordeaux, l’évêque de Bordeaux je crois même, nous dit dans ses souvenirs de terre sainte, quand il était à Jérusalem, il a contemplé une maison de prière quadrangulaire dont il donne les dimensions, construite en pierre et en bois, qui avait été grossièrement restauré après un sinistre, à priori le tremblement de terre de 661, et c’est ce bâtiment-là qui aurait été le troisième temple à Jérusalem. Et donc il a été détruit par la suite par le calife Abd Al-Malik, cela rentre dans son projet de construction d’une nouvelle religion à partir du legs des judéo-nazaréens et des arabes (C’est le Dôme du Rocher que nous pouvons toujours voir de nos jours, de forme octogonale et non plus cubique, le nom « mosquée d’Omar » sera passé par la tradition à ce bâtiment).

G : Abd Al-Malik, c’est quelle époque ?

O : C’est la fin du 7ième siècle, il prend le pouvoir en 685-686, je crois qu’il meurt en 705. Qu’est-ce qui s’est passé ? les judéo-nazaréens qui avaient formé des prédicateurs pour les faire rentrer avec eux dans le projet de conquête de Jérusalem et de relèvement du temple, ils ont formé par exemple Mahomet, ils ont rencontré un échec cuisant à Jérusalem à savoir qu’ils pensaient faire revenir le messie à Jérusalem en reconstruisant le temple, en croyant en cela à la parole de Jésus qui disait « détruisez ce temple et en trois jours je le relèverai ».  Ils s’étaient dits si nous reconstruisons nous-même le temple, Jésus va revenir, si la bonne religion est rétablie, Jésus va revenir, et il va prendre la tête.

G : c’est l’interprétation de cette énigme que l’on retrouve dans Saint Jean « Détruisez ce temple et en trois jours je le rebâtirai » ?

O : çà a à voir avec l’analyse qu’il faut faire du scandale du tremblement, du cataclysme qu’a représenté la destruction du temple (en 70) pour tous les juifs de l’époque. Pour les judéo-chrétiens aussi à l’époque, cela les a forcés à comprendre quel était le sens de tout ça. Mais également pour ces judéo-nazaréens, eux attendaient le retour de Jésus imminent, et ils ont vu dans la destruction du temple un signe divin. Le signe divin c’est Dieu châtie les mauvais juifs, les mauvais judéo-chrétiens, les mauvais juifs pharisiens, les mauvais juifs chefs du temple pour leur impureté parce qu’ils se sont opposés aux commandements de Dieu. Nous qui avons la bonne recette, nous savons donc nous allons fuir Jérusalem, ils vont s’installer en exil, et de là, ils disent Jésus va revenir puisqu’il a dit qu’il relèverait le temple en trois jours, mais Jésus ne revient pas. Et les années passent, et ils se disent que pour faire revenir Jésus peut-être qu’il faudrait reprendre les choses en main, et ils vont se mettre à croire qu’ils sont eux-mêmes les instruments du salut. Ça c’est une étape importante dans l’évolution du messianisme, c’est-à-dire au début on compte sur Jésus pour faire le boulot c’est-à-dire revenir, prendre la tête des armées, éradiquer les méchants du monde entier ou les soumettre. Mais petit à petit, on en vient à se dire que si on l’aidait ça se ferait encore plus vite. Et ça aussi c’est une lecture de prophétie, on peut penser à Daniel, le projet va se transformer en l’idée de revenir reprendre Jérusalem, rétablir le temple, rétablir la bonne religion dans toute la pureté rituelle nécessaire avec des vrais prêtres, pas avec des prêtres corrompus comme les hasmonéens., des vrais bons sacrifices faits dans les règles de l’art par de vrais bons juifs en odeur de sainteté auprès de Dieu. Et là, à ce moment-là, le messie va revenir, cela est encore la prophétie de Daniel, et va prendre la tête des armées et éradiqué tous les méchants du monde, at à ce moment-là, le monde connaîtra enfin la paix et la félicité puisque tous les méchants auront été chassés, expulsés, tués ou soumis.

G : çà c’est pour vous l’origine des convictions d’Abd Al-Malik.

O : C’est l’origine même des convictions des djihadistes d’aujourd’hui, il s’agit de sauver le monde, de s’inscrire dans le sens de l’histoire et de répondre à ce scandale sans fin du mal qui est à l’œuvre dans le monde, du monde qui est soumis au mal, qu’est-ce qu’on peut faire face à ça ? Jésus dit moi je vous en libèrerai à la fin des temps, puis je vous en libèrerai personnellement, vous chacun tout de suite. Ce que les judéo-nazaréens en ont retenu, c’est que quand Jésus reviendra, il mettra fin à l’empire du mal sur le monde. Cela oriente complètement l’histoire, ça donne un sens à l’histoire. Mais cette volonté de trouver un sens à l’histoire, on la retrouve depuis chez les révolutionnaires par exemple en 93 ou en 89, il y a des gens qui ont le sens de l’histoire, Che Guevara a le sens de l’histoire, les pilgrims fathers qui débarquent en Amérique au 17ième siècle ont le sens de l’histoire, ils vont recréer Israël et ainsi de suite.

G : c’est ce qui rend l’islamisme au fond particulièrement dangereux car c’est une conception de l’histoire qui doit leur donner la victoire.

O : Comme je vous le disais, tout le monde entier vit dans ces idées-là, alors les gens sont plus ou moins messianistes, si vous prenez la pensée d’un Vincent Peillon, d’une Najat Belkacem ou de l’inter LGBT, ils ont le sens de l’histoire avec eux, et d’une certaine façon, chez les plus enragés, s’il faut aller jusqu’au bout pour sauver le monde et s’il faut casser quelques œufs pour faire l’omelette, on les cassera. Et un autre projet qui va par exemple dans le sens de l’histoire c’est celui de l’idéologie ambiante qui est de construire un monde de paix entre tous par le multiculturalisme, le vivre ensemble, la cohabitation heureuse de toutes les communautés. On va faire la paix, et ce sera la fin de l’histoire en fait et on aura le monde de paix et de félicité, il n’y aura plus de mal dans le monde. On y croit très fort à ce projet, et on y croit tellement fort qu’on est prêt à sacrifier des vies humaines pour ce faire. Par exemple, on a des politiques qui nous expliquent que tant pis, il y aura des morts, il y aura des attentats mais on ne va pas remettre en cause le vivre ensemble. Tant pis il y aura des morts et attentats mais on ne fermera pas les mosquées qui nous dérangent.

G : Là on a bien compris quel était le cœur doctrinal de l’islam et en quoi consistait même l’islam avant le coran, car pour vous le coran intervient plus tard.

O : on peut distinguer plusieurs phases. On peut parler d’un proto-islam qui va des judéo-nazaréens jusqu’à l’alliance avec les arabes, jusqu’à la conquête de Jérusalem et la construction du temple, c’est-à-dire c’est le moment où les croyants pensent que Jésus va revenir sur terre maintenant, qu’il va prendre la tête des armées et va libérer physiquement le monde du mal. Et ensuite arrive une autre phase, on peut l’appeler le primo-islam, ce n’est pas encore l’islam. J’ai fait un schéma dans mon livre qui reprend ces étapes, Je détaille tout cela. Je dis aux auditeurs qu’ils peuvent librement télécharger et lire librement mon livre à partir depuis le site internet legrandsecretdelislam.com.

G : Et librement, cela veut dire gratuitement je crois.

O : on l’a publié et rédigé dans ce sens-là avec le père Gallez, le but étant qu’il soit diffusé le plus largement possible. C’est une œuvre presque de salut public. Donc il va y avoir après l’échec de la tentative de faire revenir le messie une profonde crise chez les croyants, ils vont garder cette conviction que Dieu les a choisis, élevés au-dessus des autres, qu’ils sont les descendants d’Ismaël et qu’ils ont une destinée particulière.

G : Et leurs victoires militaires le leur montrent, le leur atteste en quelque sorte.

O : Voilà, ils le lisent comme un signe. Et effectivement, ils sont dans une entreprise de conquête fabuleuse, fabuleuse où en quelques années ils culbutent les deux plus grands empires de la région, l’empire byzantin et l’empire perse.

G : ils s’étaient épuisés dans une guerre l’un contre l’autre.

O : Voilà, tout cela peut s’expliquer avec des raisons tactiques et stratégiques, stratégiques au point de vue de l’épuisement, tactiques parce que les arabes qui les rejoignent étaient pour la plupart par exemple des supplétifs de l’armée byzantine, ils formaient les contingents de cavalerie légère de l’armée byzantine. Et puis, quittant l’armée byzantine, et d’une l’armée se retrouve sans cavalerie légère et de deux l’armée qui s’y oppose, celle des cavaliers arabes, s’en retrouve renforcée. Avec des facteurs comme ça plus d’autres dont on parle moins qui sont des épidémies de peste qui ont décimé les endroits les plus peuplés, mais qui ont épargnés les zones de désert où s’étaient regroupées l’armée de Mahomet et des proto-musulmans à Médine. On peut comprendre que cette conquête ait pu être aussi fulgurante, il y a aussi derrière un regard rétrospectif qui est posé sur ces conquêtes par les commentateurs musulmans, on peut penser à Ibn Tamiya au 13ième ou 14ième siècle qui explique que la conquête s’est faite parce que tous les peuples applaudissaient des deux mains et se convertissaient gaillardement à l’islam. Comme on l’a dit, les conquérants n’étaient pas encore musulmans, ils ne portaient pas ce nom-là, ils s’appelaient autrement, et ils ne cherchaient pas à convertir les populations, mais simplement à remplacer leur maître. Quand ils arrivent en Egypte par exemple, province de l’empire byzantin, ils vont voir les égyptiens en leur proposant de virer les byzantins et de prendre leur place en leur faisant payer moins d’impôts tout simplement. Ça n’est que cent ans plus tard, qu’on serrera la vis et que la religion ayant évolué et commençant de s’imposer, viendront s’imposer des règles de dhimmitude où on fera payer des impôts spécifiques aux chrétiens et aux juifs, ou on les humiliera, on les empêchera de pratiquer leur religion comme auparavant et on les incitera à se convertir à l’islam. La bascule démographique, il faut attendre le 12ième ou le 13ième siècle, peut-être le 11ième, j’avais lu un ouvrage de démographe là-dessus, pour voir l’empire musulman devenir musulman. Ce qu’on appelle l’islam avec un grand i, la grande ère civilisationnelle qui va de l’Espagne à l’Asie centrale, et puis s’est encore étendu quand les ottomans ont pris la tête de l’islam, cette grande ère civilisationnelle était dans son immense majorité chrétienne et un peu juive aussi à l’époque de Mahomet, et elle l’est restée jusqu’au 12ième, 13ième siècle. Ça n’est que à partir de ce moment-là qu’il y a eu davantage de musulmans que de chrétiens.

G : ça c’est une question que j’ai essayée de poser à beaucoup de chercheurs qui ne m’ont jamais répondu.

O : il y a des ouvrages de démographes là-dessus, on les trouve notamment aux éditions Studia Arabica, mais ce qui est intéressant à considérer aussi c’est que le regard rétrospectif posé par les musulmans aujourd’hui sur ce temps-là n’est pas du tout le même. Eux, iIs voudraient voir une entreprise de conversion massive de chrétiens, de juifs, de païens heureux d’accueillir la nouvelle révélation. C’est comme ça qu’ils veulent voir l’islam. Parce qu’en fait qu’est-ce qui se passe pendant ce temps-là du primo islam dont je vous parlais, c’est une recomposition un peu pénible, cela se fait sur fond de guerre civile, c’est-à-dire que les arabes s’étripent entre eux pour savoir qui sera légitime pour régner au nom de Dieu. Ils n’ont pas renoncé à l’idée que dieu les avait choisis et élevés au-dessus des autres pour former les armées au moment du retour du Christ. Et ils se disent que puisque Jésus ne revient pas, il n’y a pas besoin qu’il revienne même, dieu nous envoie un signe, il nous a choisi nous pour faire le travail de Jésus. Donc il va y avoir une forme d’appropriation de ce qu’ils pensaient être le rôle de Jésus et ça on en voit un signe très très fort dans le mot, le titre de calife que prend Omar, le successeur de Mahomet, commence à se faire appeler calife. Et calife ne veut pas dire successeur de Mahomet comme les commentateurs tardifs de l’islam lui ont donné ce sens, mais il veut dire initialement lieutenant ou gérant sous-entendu de dieu. Et c’est le titre même du messie, dans l’esprit des proto musulmans et des musulmans, il est un homme qui est envoyé par dieu comme son lieutenant pour commander ses armées. Que le chef des arabes prenne ce titre, cela nous montre qu’il y a une appropriation du rôle du messie.

G : il y a un changement religieux considérable

O : Le changement religieux se fait dans cette phase d’appropriation. Il va y avoir au fil de cette guerre civile une forme de bouillonnement créatif, un jeu de concurrence entre factions arabes, entre factions moi je suis partisan du calife, partisan de telle famille, opposant. On en a des traces aujourd’hui, on nous raconte l’opposition des chiites, des sunnites, des Kharidjites par exemple qui datent des tous premier temps de l’islam. Pendant les cinquante ans qui suivent l’échec de la tentative de faire revenir le messie à Jérusalem, apparaissent les différents concepts qui vont fonder l’islam, c’est-à-dire le concept de prophétie, dieu aurait parlé à une personne en particulier pour lui apporter le message comme quoi les arabes auraient été élevés au-dessus des autres peuples pour sauver le monde entier. Cela va se retrouver dans un livre, il va falloir commencer à constituer un livre qui va devenir le coran, il va falloir un lieu d’origine, un lieu saint d’origine à cette religion nouvelle en formation. Ça va être la Mecque, il va y avoir un des opposants au Calife qui va dire, moi j’ai le lieu d’origine, c’est à la Mecque que cela se passe, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’arrive le calife Abd Al-Malik qui lui va avoir le génie de non pas inventer un nouveau concept pour se mettre au-dessus des autres mais de les rendre tous à son compte, et comme c’est le plus fort, il va mettre tout le monde au pas. Etant le plus fort, il va se dire il y a quelque chose en moi de messianique, il va presque se prendre pour le messie lui-même et il va poser les bases de l’islam. Il prend le titre de calife, mais c’est lui notamment qui constitue le recueil quasi final, Leila vous en parlera.

G : Il prend le titre de calife contre le gendre de Mahomet, non ? Est-ce qu’il n’y a pas là l’origine de la rupture entre sunnites et chiites ?

O : Dans la tradition musulmane, elle est antérieure encore, c’est à la succession du calife Ali que va se faire la rupture qu’on dit être celle entre les chiites et les sunnites, les chiites sont les partisans du calife Ali qui est le gendre de Mahomet et son cousin (Note personnelle : Mahomet a épousé sa fille selon leur tradition !) qui défendent une conception héréditaire et religieuse du nouveau courant des arabes en formation, ils estiment qu’il faut un chef religieux, un iman, et qui plus est un chef qui soit de la famille du premier chef, de Mahomet pour conduire les croyants, tandis que chez ceux qui deviendront par la suite les sunnites, ce serait un anachronisme de parler de sunnite comme de chiites à cette époque-là, ce sont les partisans du chef militaire.

G : le chef militaire c’est Omar alors ?

O : Omar meurt assassiné en 644, lui succède le calife Othman qui mourra aussi assassiné en 652, lui succède après Ali qui mourra assassiné en 656 je crois, je ne suis plus sûr. Dans la tradition musulmane Ali est le quatrième calife car il y a un personnage un peu énigmatique qui s’appelle Abou Bakr dont on n’a pas de traces en dehors des traditions musulmanes, qui aurait été un éphémère Calife entre Mahomet et Omar, lequel est le père d’Aïcha qui aura un rôle par la suite dans la constitution du Coran.

G : et serait la dernière épouse de Mahomet.

O : l’épouse préférée de Mahomet. Mais cet Abou Bakr n’a pas porté le titre de calife. Les traditions musulmanes nous disent que si, mais on n’a aucune preuve extérieure, aucune source historique alors que Omar, on sait par ailleurs qu’il a porté le titre de calife, il est appelé comme ça par les commentateurs non musulmans contemporains. Si on parlait Abd El-Malik, ce personnage est très intéressant, la plupart des islamologues pensent que c’est sous son règne qu’aurait été constitué le recueil final du rasm du coran.

L : Guillaume Dye, un philologue, dit la même chose, que c’est sous Abd El-Malik qu’aurait eu lieu cette constitution de ce rasm. Le rasm est le squelette consonantique. Il faut rentrer un peu dans les détails de la langue, c’est-à-dire que le coran n’est pas « voyellisé », et n’est pas « diacritiqué ». En fait si on apprend un peu l’Arabe, on voit que dans les textes anciens, les codex il va n’y avoir que quinze signes différents, quinze graphèmes différents qui doivent représentaient une centaine de phonèmes. On dit que l’écriture est défective : c’est-à-dire un signe visuel comme une petite courbe peut désigner cinq lettre différentes. Ces signes diacritiques ne vont être mis qu’au cours des siècles et donc les spécialistes de la constitution du coran disent que cela a mis trois siècles avant d’être complètement fixé, « diacritiqué ».

G : Est-ce que les versets sataniques, ces versets dont on ne connait pas le sens, est-ce que les versets sataniques ne sont-ils pas justement des reliquats de ces signes.

O : Pourquoi est-ce qu’on appelle ces versets sataniques, parce que la tradition musulmane qui date de 200 ans après les faits, attendons-nous, cette authentique tradition nous dit que ces versets sont sataniques parce que le présupposé est que le coran vient de dieu. Avec ce présupposé que le coran vient de dieu, on se retrouve quand on a le recueil qu’a constitué Abd El-Malik, mais à cette époque-là on ne dit pas que le coran vient de dieu encore, qu’il est la parole incréée à la virgule près de dieu, ça c’est à partir de 847 que ce sera dit et dicté par le calife Muttawakkil, auparavant on est encore en train de débattre sur la nature du coran, c’est une sorte de catéchisme en fait.

L : Il y a eu deux courants qui y étaient opposés. Les mu’tazilites n’étaient pas du tout d’accord.

O : Cette idée que le coran est le verbe incréé de dieu à la virgule près et à l’accent près diacritique qui n’existait pas à l’époque de Mahomet, c’est une idée tardive. Au temps des conquêtes arabes, alors il n’y avait pas de coran, quand on a commencé d’en constituer un à la fin du 7ième siècle et puis après on a travaillé dessus, le coran était vu comme un texte qui établissait les arabes comme les nouveaux seigneurs du monde et puis petit à petit les musulmans quand l’islam s’est ouvert à l’universel avec la prise de pouvoir des abbassides. Mais il s’agissait davantage d’une forme de catéchèse donnée par dieu que de la parole incréée de dieu. Il y a eu derrière pour arriver à cette parole incréée de dieu toute une construction théologique, parce que dans cette idée qu’il fallait que les arabes soient les seigneurs, il fallait aussi que leur religion soit l’ultime religion. Et donc il fallait que leur texte soit parfait, absolument parfait. Donc il y a toute une entreprise, une construction subtile qui vient se faire au fil des siècles, le texte est ainsi peaufiné. Une fois qu’on a dit que le texte venait de dieu à la virgule près, qu’est-ce qu’on fait avec les parties du texte qui n’obéissent pas à ce commandement nouveau, à ce concept nouveau. C’est comme ça qu’a été inventé l’histoire des versets sataniques, les versets sataniques si on les lit, on y voit un sarcasme de prédicateur qui prend à partie la superstition des arabes locaux à qui il s’adresse, d’ailleurs les arabes sont toujours aussi superstitieux aujourd’hui qu’ils l’étaient à l’époque de Mahomet, si vous connaissez un peu les pays arabes, vous verrez que la superstition à laquelle s’adresse le prédicateur dans le coran, l’auteur qui parle dans le coran dans des versets sataniques, elle est toujours d’actualité d’aujourd’hui.

G Ces versets sataniques sont une critique de la superstition.

O : Oui, il vient leur reprocher leurs superstitions, ils peuvent être chrétiens et continuer d’avoir une petite vénération pour les trois divinités al-Lat, al-Uzza et Manat qui étaient vénérés un peu partout dans le Moyen Orient comme je ne sais pas comme par exemple un gaulois chrétien toucherait du bois par exemple. Ce sont des superstitions et on y voit le prédicateur se répandre en sarcasme en disant mais regardez-vous qui vous dites, j’imagine chrétiens, vous continuez d’être superstitieux. Mais le problème est que si on le lit comme ça, ce n’est plus la parole incréée de dieu. Donc la seule façon pour le commentateur tardif de dire que c’est la parole incréée de dieu c’est de dire que c’est inspiré par satan.

G : Ce sont des versets qui vont contre la doxa musulmane du coran incréé c’est tout.

O : Si on les lit tels quels, on y lit le sarcasme d’un prédicateur. Est-ce que dieu fait du sarcasme en fait ?

G : Cela montre ce qu’est le coran finalement, un recueil de prédications.

O : Oui, c’est ça. Le coran a été constitué à partir des textes arabes dont disposaient les arabes, on va dire dans la phase qui suit la guerre civile qui suit la prise de Jérusalem, dans la deuxième moitié du 7ième siècle. Qu’est-ce qu’ils avaient à l’époque comme texte en arabe, sachant qu’à l’époque l’arabe n’était pas une langue écrite. Ils avaient des brouillons de prédications qui ont pu appartenir à Mahomet ou à d’autres prédicateurs et des instructions de prédications faits par les judéo-nazaréens. Ils ont réalisé une sélection de ces brouillons là et on le voit très bien d’ailleurs, tous ces passages où la personne qui parle dans le coran dit « dis ça », « réponds ça » à telle objection. Qui parle là ? C’est l’instructeur judéo-nazaréen qui vient dire à son prédicateur, quand on te dit ça, tu dis ça.

L : Dans le coran, on ne sait jamais qui parle parce qu’il y a un changement permanent de pronom personnel et on ne peut jamais dire qui est le locuteur, d’autant plus qu’il n’y a pas de ponctuation. La séparation des sourates est faites beaucoup plus tard, on peut changer sans arrêt de locuteur, ça va être dieu qui parle, après on va dire que c’est Moïse qui parle, après on va dire que c’est Mohamet qui parle, mais c’est toujours « il,tu ». On a l’impression que ceux sont des textes mis bout à bout et la séparation se fait parfois de façon étrange.

O : A la fois, on ne sait pas mais une fois qu’on a travaillé sur l’histoire comme on a pu le faire avec le père Gallez, avec d’autres chercheurs, donc on sait qu’il y avait des judéo-nazaréens, qu’ils ont formés des prédicateurs pour aller embrigader des arabes, on peut reprendre le coran et le lire sans le co-texte, sans le sens forcé que veulent y mettre les musulmans et les commentateurs musulmans, et se rendre compte que l’histoire originel dont on parle maintenant, elle y est encore écrite.

G : ça c’est redoutable

L : Et on sent bien quand on lit le coran, qu’il y a quelque chose d’artificiel.

O : C’est la fin de mon petit bouquin, j’ai écrit un petit bouquin de vulgarisation de toutes ces recherches.

G : on peut rappeler le titre « Le grand secret de l’islam » et on peut rappeler qu’il est à la disposition de tous et le télécharger gratuitement ( https://legrandsecretdelislam.com/ )

O : Il est aussi disponible en librairie, c’est indiqué sur mon site. Ce que j’ai voulu faire à la fin de ce petit bouquin, c’est un chapitre où après avoir raconté l’histoire comme je le raconte là, où on va plus loin, on va jusque la cristallisation de l’islam au 11ième siècle à peu près. Là, on reprend le coran pour y découvrir qu’on y retrouve cette histoire cachée en fait, ce grand secret e l’islam comme je l’ai appelé dans l’ouvrage.

G : ce grand secret est contenu dans le coran en fait.

O : il est à peu près contenu dans le coran et quand on a les versets, on a une lecture musulmane qui a à peu près le sens de l’interprétation majoritaire chez les musulmans qui va nous dire là c’est parce que Mahomet était à la Mecque en train de faire ci, là c’est après une bataille

L : Il y a des commentaires en bas de page.

O : Oui, il y a énormément de commentaires et de notes qui permettent de lire le coran. Le premier de ces commentaires étant la bibliographie de Mahomet lui-même, la sîrah, l’écrit légendaire qui date de 200 ans après les faits. Mais à partir du travail historique, on peut tout à fait essayer de comprendre ce qu’étaient les feuillets originaux. A tel moment par exemple le prédicateur nazaréen ou arabe dit « Attention, il y a les bons juifs qui sont les amis des arabes, ce sont les juifs nazaréens, cela ceux sont de bonnes gens, et il y a des mauvais juifs qui sont des juifs rabbiniques. Pourquoi ils sont mauvais, parce qu’ils ont par exemple recouvert leur écriture, ce sont des koufars (recouvreurs), dans le commentaire tardif musulman on dit ce sont des mécréants, mais les koufars ce sont les mauvais juifs qui ont recouvert la Torah avec les talmuds et qui ont donc institués de nouveaux textes écrits de main d’hommes au même rang que les écritures sacrées, sacrilège absolu pour les judéo-nazaréens.

G : Oui c’est le talmud qui est critiqué.

O : C’est le talmud qui est critiqué mais alors dans la pensée musulmane classique, dans les commentaires musulmans, ce n’est pas possible d’avoir des bons juifs amis des arabes que sont les judéo-nazaréens et d’autre part des mauvais juifs qui seraient les rabbiniques.

G : En fait les judéo-nazaréens ont disparus.

O : les judéo-nazaréens ont disparu, on a voulu les faire disparaître jusqu’à leur nom même. C’est-à-dire que quand ils sont nommés dans le coran en tant que nasara nazaréens, et bien on a voulu faire croire qu’il s’agirait de chrétiens. Il y a eu comme ça tout un glissement de sens dans l’histoire et dans le commentaire des musulmans, et on a inventé petit à petit une nouvelle histoire qui visait à occulter l’histoire originelle, donner une légitimité nouvelle à la conviction messianiste des arabes, cette conviction que dieu les avait choisis, enfin devenu conviction des musulmans, cette conviction que dieu les avait choisis pour établir sa loi sur toute la terre et en expulser le mal, cette conviction qu’ils ont d’être les sauveurs du monde en fait. Et puis également l’autre objectif que les califes ont donné à l’entreprise d’écriture de l’islam, c’est la légitimation de leur pouvoir, de leur autorité despotique en fait. Vu qu’ils calquaient leur autorité sur le modèle qu’ils prétendaient être celui de Mahomet, bon, il y a beaucoup de choses dans la conduite de Mahomet telle qu’elle est décrite dans la tradition légendaire, telle que Mahomet se présente à Médine, dont on peut se demander si ce ne sont pas les califes même qui ont imposé aux traditionnistes de relater l’histoire dans le sens qui les arrangeait. Et on a même des témoignages de commentateurs musulmans qui nous expliquent cela. On va encore parler d’Ibn Tamiya qui écrit quand même quelques siècles après au 12ième ou 13ième siècle, il relate dans des chroniques historiques des moments où le calife convoque un traditionniste en lui disant : je cherche une histoire de Mahomet authentique où Mahomet aurait fait exécuter, assassiner un caricaturiste, un poète, un opposant, est-ce que tu peux me trouver ça ? Le gars revient le lendemain, il lui a trouvé une histoire authentique avec une chaîne de transmission orale en béton, un isnad des plus solides donc. Et le calife le gratifie de mille dinars. Et cette histoire part dans la sîrah après, dans l’histoire de Mahomet où on va nous expliquer que Mahomet à Médine a fait exécuter un opposant dans telle, telle condition. Alors quel crédit on peut donner à la sîrah ? On voit que le fait qu’elle a été écrite dans un contexte de politique, de despotisme absolu du calife, fait qu’on ne peut avoir aucune confiance dans l’historicité de ce document. On est vraiment là dans le cadre d’une construction légendaire.

G : de construction politique où le calife a besoin par exemple de devoir justifier

O : la taille de son harem par exemple, et on voit que plus on s’éloigne dans le temps, plus les hadiths agrandissent la taille du harem, et c’est très difficile d’y voir clair. Derrière, beaucoup de musulmans viennent nous voir en disant non Mahomet n’avait pas treize femmes, il en avait onze.

G : juste pour détendre l’atmosphère, je ne sais pas si c’est de la gaudriole ou pas, mais enfin ! Quand on pense que le successeur de Mahomet n’est pas son fils mais son gendre, peut-être qu’il n’a pas eu tant de femmes que ça car finalement, il n’a pas eu tant d’enfants que ça. Il n’a pas de descendant mâle.

O : La tradition lui donne deux fils garçons mais morts en bas âge.

G : La tradition a quand même pensé à ce détail.

O : Mais alors la tradition en question si on s’éloigne assez loin dans le temps, Mahomet va avoir alors je ne sais plus, c’est de l’ordre d’une trentaine de femmes, il doit avoir une trentaine d’épouses légitimes plus les captives. Et la tradition nous dit également qu’il était capable de les honorer toutes en une matinée. Mais qu’il n’a pas eu d’enfants malgré cette vigueur légendaire. Et que les seuls enfants qu’il a eus sont les quatre filles qu’il a eu de sa femme Khadija, sa première femme. Voyez là on est face à une construction légendaire à partir de laquelle on essaie de trouver un fond de réalité.

G : Et le fond de réalité, ce sont quand-même les quatre filles

O : les quatre filles car elles ont existé, à commencer par Fatima qui a eu une postérité justement. Mais les enfants morts en bas âge et ses trente, ou dix ou quinze selon les traditions ou vingt-cinq épouses, qu’est-ce qu’on peut en dire d’autre qu’elles correspondent en fait à la volonté des califes au moment où la sîrah est parue où les hadiths qui ont permis de faire la sîrah ont été écrits, la volonté des califes d’avoir une justification à leur propre conduite. Pareillement, on peut encore aller plus loin, on peut se demander si, vous connaissez certainement l’histoire d’Aïcha, son épouse préférée.

G : Alors Aïcha c’est le problème de pédophilie.

G : épousée à l’âge de six ans, mariage consommé à l’âge de neuf, est-ce que ça concerne vraiment Mahomet ou est-ce que ça concerne le calife qui a commandé, surveillé la publication des hadiths qui parlent de ça. On peut se poser la question, derrière on peut aussi trouver des motifs politiques, c’est que Aïcha a été après importante dans la constitution du sunnisme, on a pu douter de sa fidélité, elle a été très attaquée notamment par les chiites, par ceux qui sont devenus les chiites, en en faisant l’épouse de Mahomet à un âge très jeune, à ce moment-là on désamorce les critiques en disant qu’il n’a pas pu avoir d’autres influences chez Aïcha que celle de Mahomet. Donc là, on est dans des espèces de construction tardive desquelles on essaie de tirer un sens mais c’est très compliqué, il faut se rendre à l’évidence qu’on ne pourra jamais avoir un niveau de détail aussi important sur la vie de Mahomet et cette époque-là que ce que les traditions musulmanes en disent.

L : ce que je voudrais ajouter c’est que Mahomet qui n’ait pas de père et n’ait pas de fils, c’est quand-même étonnant par rapport à la généalogie. Par exemple, si on prend la généalogie de Jésus, la première chose qu’on va dire dans les évangiles, c’est d’expliquer la généalogie de façon précise.

G : Et Mahomet n’a pas de père connu.

L : il est orphelin rapidement, mais la tradition musulmane connaît son père, connaît son ascendance, et son père s’appelle Abdallah et son grand-père s’appelle Abdallah, esclave d’Allah, Allah veut dire le dieu unique.

L : C’est un prénom chrétien

O : Prénom chrétien qui plus est ou serviteur de dieu si on veut. Hors ces deux personnes là dans la tradition qui nous explique qu’elles ont existées sont censés avoir été des polythéistes habitant à la Mecque.

G : polythéiste et serviteur de dieu ça ne marche pas.

O : Qu’est-ce que c’est qu’un polythéiste qui connaît le concept du dieu unique. C’est complètement incompatible, j’en ai déjà parlé avec des musulmans, ils s’en sortent sans comprendre en fait le sujet. Ils ne comprennent pas que c’est complètement incompatible, que cela révèle une contradiction fondamentale, quand ces gens ont créé une légende polythéiste de la Mecque parce qu’il fallait créer un environnement vierge dans lequel la révélation en arabe pour les arabes aurait été reçu, ils ne sont pas rendu compte de ce qu’ils faisaient. Ils ont fabriqué des choses incohérentes.

G : le temps passe et on arrive à la fin de la première partie de cette émission, je voudrais que vous disiez quelques mots sur la reprise bien connue des sourates par ordre de grandeur, la recomposition du coran où on a reclassé les sourates par ordre de grandeur.

L : oui ne n’est pas arrangé par ordre chronologique mais par ordre de taille numérique.

G : Et ça c’est tardif, c’est évidemment une recomposition tardive.

L : oui parce qu’il existe d’autres chronologies, il n’y a pas qu’un seul coran avec la même chronologie. Il y a la chronologie d’El Hazar qui n’est pas la même, et il y en a d’autres.

O : il y a eu dans la constitution du coran, l’ordonnancement des chapitres, enfin des sourates et puis même l’ordonnancement des versets, la volonté de maquiller, de cacher ce qui autrement se donnerait à lire. Je pense en cela aux travaux de Jean-Jacques Walter qui a travaillé à une thèse sur l’étude informatisée du coran par la théorie des codes. Il pense que le coran est un ensemble de petits morceaux qu’on a ré-agrégeait. Enfin on va dir qu’il y avait des textes initiaux qu’on a découpé et qu’on a copié, collé en fait.

G : Comment il le prouve ?

O : par l’informatique, il a travaillé à ce qu’il a appelé la théorie des codes qui est une théorie employée en cryptographie depuis les années 40, par les mathématiques d’un niveau assez avancé, on peut montrer des convergences ou des proximités de codes, de textes. On s’en est beaucoup servi pour casser des codes. Mais sur des textes, avec cette théorie-là, on peut montrer qu’un texte a un auteur unique, plusieurs auteurs, on peut montrer des similarités entre un morceau de texte et un autre.

G : même s’ils ne se trouvent pas au même endroit du recueil.

O : Voilà, alors derrière c’est une méthode extrêmement complexe, il a fait travailler deux ou trois doctorants en mathématique, il doit y avoir peut-être deux milles personnes dans le monde qui comprennent ce qu’est la théorie des codes, certainement pas moi quoi ! Et pour faire sa thèse par exemple, à chaque fois qu’il pose une question du type par exemple toutes les thématiques qui se rapportent à Marie ont le même auteur dans le coran ? Il faut deux thésards en mathématique avec plus de 10 ans d’étude en math très avancée pour travailler pendant deux mois pour écrire un code informatique, faire tourner des simulateurs et là on a la réponse. C’est un travail assez complexe.

(https://www.youtube.com/watch?v=k5pF5seXGIM)

L : Manfred Kropp qui travaille sur des méthodes de linguistique a montré qu’au dôme du rocher, il y avait un agglomérat de sourates qui étaient dispersées dans le coran, c’était sur Jésus mais en fait dans le dôme du rocher, ces agglomérats sont placés autrement et ça donne un texte totalement cohérent. Dans la disposition dans le coran, elle est plus ou moins aléatoire et une fois qu’ils sont mis dans le dôme du rocher, ce sont des citations sur Jésus, cela donne un texte qui a un poids théologique.

http://www.sam-network.org/video/islam-la-tradition-ecrite-versus-tradition-orale?curation=2176.3 (conférence Kropp)

http://ingiagzennay.free.fr/2005.10.11.KROPP.pdf

Louis-Marie de Prémare : http://www.lemessieetsonprophete.com

Résumé de ses ouvrages pour hyper-pressés  : Cette étude universitaire met en lumière l’enracinement insolite de l’islam dans la religion hébraïque et dans le christianisme.
Pour ce faire, il faut remonter jusqu’aux courants messianistes apparus au IIe siècle avant notre ère : ceux-ci préparaient lointainement la mouvance idéologique politico-religieuse qui s’est formée après l’an 70 en opposition à la révélation chrétienne – tout en dérivant de celle-ci. Également très opposée au judaïsme rabbinique, cette mouvance post-chrétienne des « judéo-nazaréens » reconnaissait Jésus comme Messie mais non comme Sauveur (c’est-à-dire comme Celui qui vient visiter son peuple).
Ceci avait peu été mis en lumière en amont de l’Islam. Au regard de l’histoire, Mahomet apparaît au VIIe siècle non comme annonçant une nouvelle religion, mais comme le chef militaire au service de cette mouvance qui avait déjà eu une influence discrète mais profonde dans le monde au cours des six siècles précédents.